Censé briller en temps de crise, le cours de l’or perd soudain tout éclat : que révèle cette chute inattendue sur l’état réel de l’économie mondiale ?
La hausse du cours de l’or s’interrompt
Traditionnellement, les périodes de conflit nourrissent l’envolée du prix de l’or. Le métal jaune incarne depuis toujours une valeur refuge lorsque l’incertitude domine les marchés. Mais la guerre US-Iran bouscule ce schéma : contre toute attente, l’or chute. Ce lundi, il a perdu 2 %, tombant à 4 400 $, son plus bas niveau depuis fin 2025. En trois semaines, il a effacé ses gains accumulés depuis le début de l’année, laissant perplexes investisseurs et économistes.
La raison principale ? Le choc pétrolier déclenché par le conflit. La flambée des cours du brut attise une inflation mondiale déjà résistante. Face à ce risque, les banques centrales, au lieu de relâcher la pression monétaire, envisagent de maintenir voire de relever leurs taux directeurs.
Or, cette politique rend les obligations plus attractives que l’or, qui ne rapporte aucun intérêt. Le dollar, de son côté, profite de cette tension monétaire pour se renforcer, rendant mécaniquement l’or plus cher en dehors des États-Unis et freinant la demande mondiale.
Cette mécanique a entraîné une vague de ventes spéculatives après un spectaculaire bond de 64 % en 2025 et un record de 5 000 $ atteint en janvier. En huit séances consécutives de baisse, le cours de l’or a perdu 12 % sur la semaine. Son rebond technique vers 4 500 $ n’a pas tenu, et le seuil des 4 300 $ s’impose désormais comme support critique. Les scénarios haussiers au-delà des 5 000 $ sont, pour l’heure, remisés.
D’autres éléments ont piégé le métal
Certains observateurs, comme l’économiste Peter Schiff, dénoncent une « vente irrationnelle ». Selon lui, cette correction contredit la logique habituelle : la baisse des taux réels devrait, en théorie, favoriser l’or. Schiff estime que les marchés surestiment la fermeté de la FED : la hausse prolongée des taux pourrait précipiter une récession, forçant ensuite un revirement monétaire, ce qui soutiendrait de nouveau le métal. Il pointe également la dette américaine grandissante, gonflée par les dépenses militaires et des déficits record, y voyant la véritable menace à venir.
D’autres analystes, plus pragmatiques, parlent simplement d’une correction technique après deux années d’euphorie. L’augmentation des marges sur les contrats à terme du CME et le renforcement du dollar, avec un indice DXY à 100,5, ont accentué la pression baissière.
Le marché s’interroge désormais : s’agit-il d’une respiration passagère ou d’un signal que l’or, valeur ultime de refuge, commence à perdre un peu de son aura face à la puissance retrouvée du billet vert ?
La morale de l’histoire : le cours de l’or n’a pas perdu sa valeur, seulement la patience de ses admirateurs.