Tandis que le cours de l’or brille à des niveaux records, les gros investisseurs quittent la scène en silence et pourraient bien annoncer la fin de la fête.
Les baleines désertent l’or
Alors que le cours de l’or flirte avec des sommets historiques à plus de 5 000 $ l’once, certains investisseurs de très grande envergure semblent lever le pied. Deux baleines crypto identifiées par Lookonchain ont récemment cédé pour environ 40 millions de dollars de tokens adossés à l’or, notamment Tether Gold (XAUT) et PAX Gold (PAXG), en l’espace de deux jours.
Un premier portefeuille a vendu 5 250 XAUT et 560 PAXG pour près de 30 millions de dollars, empochant 5,3 millions de dollars de bénéfices, tandis qu’un autre a écoulé 1 934 XAUT, portant le total des ventes à environ 1,7 million de dollars de gains.
Ces prises de profit interviennent alors que le métal jaune défie les pronostics. Pour certains analystes, cette fuite des baleines crypto ne traduit pas un retournement durable du marché, mais plutôt une pause technique après une envolée spectaculaire. Selon Ole Hansen, stratégiste chez Saxo Bank, la force momentanée du dollar, soutenue par une hausse du pétrole, pourrait freiner temporairement la progression de l’or. Cependant, les fondamentaux demeurent robustes : tensions géopolitiques persistantes, risques de stagflation et achats records des banques centrales maintiennent une demande structurelle.
De son côté, Shanaka Anslem estime que le franchissement du seuil symbolique des 5 000 $ l’once s’explique moins par une fuite vers la sécurité que par une réévaluation des risques systémiques mondiaux. L’année 2025 a vu les banques centrales accumuler 863 tonnes d’or, avec 16 mois consécutifs d’achats de la Banque populaire de Chine, un phénomène sans précédent. Cette demande institutionnelle contraste avec la défiance croissante envers les structures énergétiques, diplomatiques et financières mondiales.
Les ETF confirment le reflux
Le sentiment de prise de bénéfices se reflète aussi dans les instruments financiers traditionnels. Le SPDR Gold Shares (GLD), principal ETF mondial adossé à l’or physique, a enregistré le 5 mars 2026 sa plus forte sortie de capitaux depuis dix ans : 2,91 milliards de dollars de retraits nets.
Cette vague de dégagements s’expliquerait par la combinaison d’une demande industrielle ralentie, de coûts logistiques explosifs et d’un marché saturé après la flambée de 2025. Comme le souligne Tracy Shuchart, de nombreux acheteurs refusent désormais de payer des frais d’expédition et d’assurance excessifs sans garantie de livraison rapide. Les traders préfèrent solder, parfois à 30 $ l’once sous le cours de Londres.
Entre ventes opportunistes des baleines, flux contradictoires sur les ETF et politique d’accumulation des banques centrales, le marché de l’or semble donc entrer dans une phase d’hésitation. Si la consolidation actuelle pourrait durer, son issue dépendra surtout de trois éléments : la trajectoire du dollar, la stabilité énergétique mondiale et la capacité des banques centrales à contenir l’inflation sans casser la croissance.
La morale de l’histoire : mieux vaut une once de profit assuré qu’une tonne d’espoir doré.