Alors que la France rechigne toujours à miner son propre Bitcoin, c’est un géant américain qui branche désormais ses machines sur l’électricité d’EDF. Un projet qui est loin de plaire à tout le monde…
Du minage Bitcoin… pour l’étranger
La scène aurait paru impensable il y a encore deux ans. La France, si réticente à l’idée de voir ses entreprises s’impliquer dans le minage Bitcoin, vient d’autoriser un acteur américain, Mara Holdings, à prendre le contrôle majoritaire d’Exaion, filiale d’EDF spécialisée dans le calcul haute performance et les technologies blockchain. L’accord, validé par la Direction générale du Trésor, permet à Mara d’acquérir 64 % du capital, pour un montant de 168 millions de dollars, avec la possibilité de monter à 75 % d’ici 2027.
Cette décision, encadrée par de strictes conditions de souveraineté, impose notamment à Mara de maintenir les activités stratégiques d’Exaion en France et de garantir la protection des données. Mais un élément du contrat, révélé fin janvier 2026, bouleverse le secteur : une clause de non-concurrence empêche EDF de pratiquer toute activité de calcul haute performance ou de minage Bitcoin pendant deux ans.
SponsoredUne restriction qui tombe au plus mauvais moment pour le groupe public, confronté à une surcapacité électrique historique. Selon les chiffres de RTE, la production française a dépassé la consommation de 89 TWh en 2024.
Dans ce contexte, le minage Bitcoin, activité énergivore mais extrêmement flexible, aurait pu servir à absorber les excédents de production et stabiliser le réseau. Or, c’est désormais un acteur étranger qui pourra exploiter cette opportunité… avec l’électricité française !
La résistance s’organise
Les critiques n’ont pas tardé. Plusieurs élus, dont Philippe Latombe et Dany Wattebled, ont saisi le Parquet national financier, craignant une brèche dans la souveraineté industrielle du pays. D’autres, comme David Lisnard, dénoncent une « erreur stratégique » : en interdisant à EDF d’agir, la France se priverait non seulement d’un outil d’équilibrage énergétique, mais aussi d’un nouveau levier industriel.
Le paradoxe saute aux yeux. Ce que l’État a longtemps refusé à ses propres entreprises, à savoir exploiter le minage comme usage de flexibilité énergétique, est désormais accordé à un groupe étranger. Pendant que Mara déploie ses data centers sur le territoire grâce à Exaion, EDF reste sur la touche, incapable de valoriser ses excédents ou d’innover dans le domaine.
Si l’accord promet d’attirer des investissements massifs et de renforcer la filière numérique européenne, il pose une question fondamentale : comment concilier ouverture aux capitaux étrangers et protection des intérêts stratégiques nationaux ? À l’Élysée, les visites pour faire changer les choses s’enchaînent et la question circule déjà : la France veut-elle « subir » le minage Bitcoin ou l’utiliser intelligemment ? La réponse, pour l’instant, penche du côté américain.
La morale de l’histoire : quand on refuse de miner chez soi, on finit par payer pour que d’autres creusent dans son jardin.