Cette année, les marchés de la finance décentralisée ont amplement apaisé la tempête économique. Ces derniers continuent de mûrir, bien que le marché crypto reste relativement stagnant. Ce nouveau paysage financier pourrait avoir un impact sur l’Ethereum bien plus important que celui du boum des ICO (Initial Coin Offering).

L’Ethereum fournit les fondations de la DeFi, sachant qu’il s’agit actuellement du standard global pour les smart contrats, ou contrats intelligents. C’est d’ailleurs sur ces derniers que reposent les protocoles d’emprunts et de prêts collatéraux crypto . Il est donc logique de penser qu’une croissance de cet écosystème s’avérerait très haussière pour l’Ethereum, sachant que ce dernier se trouve au cœur de tout un paysage financier.

Les marchés de la DeFi affichent une croissance rapide

D’après Defi Pulse, la valeur totale bloquée (TVL) des marchés de la DeFi frôle le milliard de dollars. Sachant que le crash financier de la mi-mars, provoqué par la pandémie, a fait chuter cette TVL de 550 millions de dollars, la DeFi est donc remontée de 77% pour atteindre son niveau actuel.

Cette valeur totale bloquée en dollars s’obtient en prenant le solde total en ether ainsi que les tokens ERC-20 détenus par les smart contracts de la DeFi, puis en les multipliants par leur prix actuel en dollars.

DeFi TVL USD – defipulse.com

En 18 mois seulement, la DeFi s’est accrue de près de 300% en termes de dollars bloqués en tant que collatéraux crypto. Bien entendu, cette quantité évoluera avec les mouvements du cours de la cryptommonaies. Cela dit, elle a surpassé la croissance de l’entière capitalisation de marché crypto, laquelle ne s’est accrue que de 110% sur une même période.

En ce qui concerne l’Ethereum, l’épine dorsale de ce nouvel écosystème financier, il existe actuellement 2,5 millions d’ETH bloqués, lesquels représentent 2,25% de l’entière offre. Maker est la force maîtresse de la DeFi, avec près de la moitié de l’entière part de marché, et environ 2 millions d’ETH bloqués. Parmi les plateformes populaires, on retrouve Synthetix, Compound, qui distribue actuellement ses propres tokens, et Aave. D’autres plateformes émergent presque chaque jours dans le milieu.

En mai, la DeFi a passé une importante barre. Le nombre de nouveaux actifs DeFi a en effet dépassé les 1 000 pour la première fois, tandis que sa base d’utilisateurs a atteint un sommet sans précédent de près de 200 000.

Evgeny Yurtaev [@evgeth_], PEG et fondateur du projet DeFi Zerion, a publié un graphique montrant que la croissance mensuelle en nouveaux actifs DeFi semble être exponentielle :

L’offre croissante d’actifs crypto peut s’expliquer par la Théorie d’Agrégation de Ben Thompson. La DeFi fait aux finances ce qu’Internet a fait au contenu. La DeFi est la nouvelle FinTech.

Comme testament de cette croissance rapide, il a ajouté que d’ici moins d’un an, nous bénéficierons de trading de positions, marché monétaire, trading de marge, options, fonds négociés en bourse et contrats à terme décentralisés.

Un autre graphique de Dune Analytics révèle que la croissance de la base d’utilisateurs de la DeFi a pratiquement doublé depuis le début de l’année, et s’approche des 200 000.

Chart courtesy of Dune Analytics

La DeFi est plus importante que les ICO

Chris Burniske [@cburniske], partenaire de la société de capital risque Placeholder, a commenté que la DeFi aura un impact plus important sur Ethereum que celui des ICO en 2017 et 2018 :

Le boum des ICO a affecté la capacité d’Ethereum à réaliser 1 service financier : la première étape de formation de capital. La DeFi affectera la capacité d’Ethereum à réaliser *tous* ses services financiers.

L’ICO, ou Initial Coin Offering, a permis aux projets crypto de générer des fonds en ETH au travers de la vente de tokens. Cette bulle d’activités, quoique relativement réduite en comparaison des investissements traditionnels, a fait monter en flèche le prix de l’Ethereum, dépassant les 1 400$ en janvier 2018.

Malheureusement, la plupart des tokens n’avaient que peu à offrir en termes de “produit”. De plus, l’important “buzz” de l’époque explique également les cas d’achats en masse puis ventes en masses, que pratiquement tous les altcoins ont subi durant 6 mois, du dernier trimestre de 2017 à la fin du premier trimestre de 2018. À la mi-2018, les projets crypto en déroute se sont mis à se délaisser de leurs réserves accumulées d’Ethereums, entraînant un crash du cours de 94% cette même année.

Cela nous ramène à 2020, avec une activité de chaîne nettement plus élevée, notamment pour Ethereum. Cela dit, le cours a encore à se remettre de sa chute. De son côté, la DeFi a affiché une impressionnante croissance sans la moindre mania, ou vague d’achats observée les années antérieures.

Le trader et analyste “Cactus” [@TheCryptoCactus] pense que cette croissance devrait continuer, et pourrait bien être supérieure à celle de 2017.

Il est probable que la combinaison de l’ETH 2.0 et la croissance prolongée de la DeFi entraînent un afflux de capital supérieur sur 3 mois à celui de 2017, ce d’ici les deux prochaines années. Le boum des ICO sera remplacé par une nouvelle voie d’entrées massives.

Chris Burniske a pour sa part ajouté que l’industrie crypto reste loin de l’intérêt général, en comparaison de 2017, mais cette attention devrait réapparaître. Chaque cycle renforcera les scénarios passés tout en introduisant de nouvelles situations permettant de convertir de nouveaux utilisateurs, fournisseurs, développeurs et investisseurs.

Les actions sont “ivres” et la DeFi reste “sobre”

Ryan Sean Adams, expert en DeFi, a fait une comparaison avec le marché des actions dans la dernière édition de Bankless newsletter. Il y affirme que le marché des actions se base actuellement sur les faits et gestes de la Réserve fédérale américaine, et la tentative de cette dernière de les “gonfler” de manière artificielle en imprimant toujours plus de dollars.

M. Adams y explique également que la DeFi existait déjà en 2017, mais qu’elle était alors nommée ICO, comme mentionné dans cet article. Depuis cette émouvante époque de spéculation rampante, la DeFi a évolué sur plusieurs niveaux.

La DeFi est maintenant un écosystème financier complet, plutôt qu’un simple casino de spéculations. Elle peut gérer plusieurs opérations dont des paiements, prêts, emprunts, épargnes, du trading, des inversions, du versement de gains, du suivi de transactions et activités financières, de la gestion de fonds de couverture et du trading de marge.

Son amplitude économique grandit et s’adapte à cette croissance, avec plus de 7 milliards de dollars en stablecoins, et la moitié de sa valeur en tokens ERC-20 basée sur Ethereum. Ses plateformes d’échanges directs sont maintenant capables de gérer des milliers de transactions par seconde :

Les actions génèrent un afflux d’argent au sein du système légal, tandis que l’afflux d’argent de ces actifs de la DeFi se placent sur les chaînes. Aujourd’hui, nous misons tout sur les actifs de la DeFi en débloquant une nouvelle croissance et des mécanismes de gouvernance.

L’analyste ajoute que les actions sont actuellement “ivres”, et que les meilleurs actifs financiers des années 2020 ne seront pas vendus sur Nasdaq, mais sur Uniswap.

La DeFi a certainement beaucoup avancé depuis deux ans, et ça n’est encore que le début. D’anciens malheurs économiques provoqués par les banques centrales auraient dû servir de leçon à tous et pourtant, l’histoire se répète. Le futur des finances se doit d’être décentralisé, et c’est justement ce que fait la DeFi.

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Images gracieusement fournies par Shutterstock, TradingView et Twitter.