Liberté ou sécurité : les exchanges crypto doivent-ils censurer leurs transactions ?

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EN BREF
  • Coinbase et d'autres plateformes d'échange sont parvenues à limiter les dommages du récent piratage de Twitter en plaçant des adresses sur liste noire.

  • Cet incident met en exergue le pouvoir qu'ont ces exchanges sur les biens crypto de leurs utilisateurs.

  • Les cryptomonnaies viennent avec une grande liberté, mais la quantité de fraudes montre que bon nombre de leurs utilisateurs ne sont pas capables de gérer leur souveraineté monétaire.

The Trust Project est un consortium international d'organismes de presse basé sur des normes de transparence.

La semaine dernière, Twitter a été la scène de la fraude la plus ample qui ait jamais eu lieu autour de l’usage de Bitcoin et d’autres cryptomonnaies.



Les hackeurs ont infiltré les données sécurisées de l’immense réseau social Twitter, et ont pris contrôle des profils de plusieurs personnalités haut placées. Ils y ont ainsi répandu un même message, à une échelle encore jamais vue.

Il a depuis été révélé que les principaux exchanges de cryptomonnaies de l’industrie ont placé sur liste noire les adresses associées à cette escroquerie. Cela a notamment permis de contrecarrer considérablement la rentabilité de cette fraude.



Cela dit, cet événement soulève une fois de plus la question au sujet du pouvoir qu’exerce les exchanges. En effet, ces derniers deviennent alors les propriétaires des cryptomonnaies déposées et ont un droit de censure complète.

Le piratage de Twitter : les faits

Le 15 juillet, BeInCrypto a rapporté une escroquerie à grande échelle incitant les actionnaires crédules à se défaire de leurs bitcoins. Les hackeurs ont ainsi utilisé les comptes Twitter de personnalités de taille afin de promouvoir une supposée distribution de BTC.

Bon nombre de ces comptes piratés comprenaient des influenceurs de taille de l’industrie des cryptomonnaies. On y retrouve notamment le compte de Changpeng Zhao et de la plateforme d’échanges Binance, la plateforme de trading Gemini, ou encore Justin Sun, le fondateur de Tron.

La majorité des tweets pirates ont fait référence à une fausse compagnie nommée “CryptoForHealth”. Il s’agit d’une fraude courante affirmant gérer des partenariats entre CryptoForHealth et plusieurs utilisateurs de Twitter, lesquels offriraient à leurs abonnés l’occasion de participer à un concours avec une cagnotte de 5 000 BTC.

Comme de coutume, les victimes potentielles étaient invitées à envoyer des cryptomonnaies à une adresse, avec la promesse de recevoir le double en retour. Bien entendu, les personnes dupées ne recevront rien de la quantité promise.

Les hackeurs ont également piraté les comptes Twitter d’autres personnalités reconnues qui ne sont pourtant pas actives dans le milieu crypto. Elon Musk, Bill Gates ou encore le candidat aux élections présidentielles Joe Biden font partie de ces dernières.

Dans leurs tweets piratés, les personnalités affirmaient se sentir soudainement “généreuses” face à l’actuelle crise du Covid-19, et distribueraient alors des cryptomonnaies.

Les exchanges parviennent à contrecarrer le piratage de Twitter

Coinbase, un exchange fort d’importantes quantités de cryptomonnaies, a rapidement réagi au piratage de Twitter. La célèbre plateforme d’échange a rapidement mis sur liste noire les adresses associées à l’escroquerie, interdisant à ses utilisateurs de prendre part à cette “offre” manifestement trop belle pour être vraie.

D’après un rapport de Forbes, Coinbase aurait ainsi empêché plus de 1 100 utilisateurs d’envoyer plus de 30 BTC aux adresses Bitcoin associées à la fraude.

Bien que de nombreux individus n’y soient pas parvenus, 14 malchanceux ont tout de même ajouté l’équivalent d’un total de 3 000$ en BTC à la cagnotte des hackeurs avant que Coinbase ne prenne les choses en main. Le rapport indique que d’autres exchanges de renom ont également empêché leurs utilisateurs d’effectuer des transactions au fur et à mesure qu’avançait la situation.

Piratage de Twitter : une fraude familière mais aux nouvelles nuances

Bien entendu, ce type d’escroquerie n’a rien de nouveau. Et pourtant, cet incident révèle de nouvelles nuances en comparaison de précédentes tentatives de fraudes.

BeInCrypto a plusieurs fois rapportés de faux comptes Twitter cherchant à se faire passer pour des personnalités associées ou non au milieu crypto. L’escroquerie était toujours la même : les hackeurs promettaient de renvoyer plus de cryptomonnaies que la quantité reçue.

Pendant longtemps, d’ailleurs, le fondateur d’Ethereum Vitalik Buterin a jugé prudent d’ajouter une mise en garde sur son propre compte Twitter. Il y déclarait qu’il ne se permettrait jamais de distribuer le moindre ETH.

Lors de cet incident, toutefois, tous les comptes hackés présentaient le symbole bleu d’authenticité. Leur apparente véracité est donc clairement responsable de cette perte de fonds.

Source: BeInCrypto

Une protection au prix de sa liberté ?

En surface, vouloir limiter les dommages engendrés par de telles fraudes paraît noble. Les victimes potentielles de la plateforme seront sans doute reconnaissantes à l’égard de la réactivité de Coinbase. Cela dit, une telle politique soulève la question d’un certain problème au coeur de l’industrie crypto.

La liberté des utilisateurs bloqués de Coinbase s’est ainsi vue limitée, ce à quoi s’opposent fermement les défenseurs de la technologie de blockchain.

L’une des caractéristiques novatrices des monnaies digitales telles que Bitcoin réside dans le fait qu’elles peuvent être utilisée sans aucun besoin de permission. Sans intermédiaire requis, absolument personne ne peut interrompre une transaction. Ce qui, bien sûr, accorde une immense liberté aux porteurs.

Dans le cas de cet incident spécifique, l’exchange a agi dans le bien de ses utilisateurs. On peut pourtant se poser la question suivante : et si la plateforme censurait les transactions d’une manière qui ne soit pas dans l’intérêt des utilisateurs ?

BeInCrypto a déjà rapporté des problèmes similaires. Par exemple, les exchanges leaders du marché ont commencé à contrôler les utilisateurs faisant usage des services de “coin-mixing“. Fin 2019, des rapports ont été publiés au sujet d’un utilisateur de Binance basé à Singapour et dont les transactions ont été bloquées en raison de l’usage antérieur de son portefeuille Wasabi Bitcoin.

Wasabi comptait en effet un service inclus de coin-mixing pour protéger les données privées de ses utilisateurs. Plus récemment, Coinbase s’est également associé à plusieurs autorités étasuniennes. Aucune activité de censure n’a encore été rapportée, mais les implications potentielles de cette situation ont causé l’indignation des membres de la communauté crypto.

De grands pouvoirs ne viennent pas sans les mêmes responsabilités

Jamais auparavant le monde n’avait connu un réseau de paiement numérique qui donne à l’utilisateur final un contrôle total sur ses transactions. Les réseaux traditionnels censurent couramment les utilisateurs, parfois pour des raisons apparemment justes. D’autres fois, moins.

Le tout premier incident qui a permis à Bitcoin de se faire connaître est peut-être bien lié à ce sujet. En 2010, le gouvernement américain a fait pression sur PayPal, Visa et MasterCard pour qu’ils interdisent les transactions avec le service de dénonciation WikiLeaks [BBC].

Wikileaks a alors été forcé de demander des dons en bitcoins. La moralité de cette censure est bien plus discutable que celle reliée au récent piratage de Twitter. Cela dit, ces deux incidents mettent en exergue l’importance de cette devise crypto bien connue :

Pas vos clés, pas vos bitcoins.

Si cette même saga Wikileaks s’était produite aujourd’hui, il est fort probable que les exchanges de cryptomonnaies auraient subi la même pression de devoir bloquer leurs transactions à la première alerte, ce à la demande du gouvernement américain.

Cet incident démontre aussi clairement que tous les investisseurs de cryptomonnaies ne sont pas forcément capables d’utiliser de manière responsable l’immense liberté financière que permet Bitcoin. Sans la rapide réaction de l’exchange, des milliers d’utilisateurs auraient pu être victimes de l’escroquerie.

Conclusion

La popularité montante de Bitcoin et d’autres cryptomonnaies a rendu certaines personnes incroyablement riches en très peu de temps. L’industrie a ainsi attiré de nombreux individus désespérés espérant “s’enrichir rapidement” avec un minimum d’efforts.

De nombreux nouveaux venus du milieu ne sont pas conscients de l’importante prolifération de ces escroqueries. D’autres le sont peut-être, mais ont néanmoins été aveuglés par les comptes Twitter vérifiés.

Un puriste de Bitcoin pourrait soutenir que certains individus doivent apprendre leur responsabilité monétaire à la dure. Cela signifiera inévitablement qu’ils perdront des fonds au profit d’escrocs. Cependant, cet éducation “ferme” pourrait également entraver une plus ample adoption de la technologie.

De fait, de nombreuses victimes pourraient choisir de tourner définitivement le dos à la révolution de la finance décentralisée. D’un autre côté, la censure centralisée supprimerait sans doute la qualité la plus révolutionnaire qu’offre l’industrie crypto.

Là encore, la responsabilité finale de l’usage de la cryptoconnaissance incombe à l’utilisateur. Ceux qui se sentent mal équipés pour gérer leur propre souveraineté monétaire devraient probablement utiliser des services de garde comme les portefeuilles de change. Bien sûr, ils devraient le faire en sachant que ces services comportent leurs propres risques.

La débâcle du piratage de l’exchange Quadriga CX de l’an dernier et de futures censures potentielles ne sont que quelques exemples du lourd prix que les utilisateurs pourraient avoir à payer pour avoir fait confiance à une tierce partie.

 

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A former professional gambler, Rick first found Bitcoin in 2013 whilst researching alternative payment methods to use at online casinos. Having concluded that the root of most of the world’s evils stem from a toxic financial system during his time reading International Politics at university, the disruptive potential of a decentralised, borderless asset was immediately clear. After transitioning to writing full-time in 2016, Rick was able to put his passion for Bitcoin to work for him professionally. He has since written for a number of digital asset publications in a variety of capacities.

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