La Russie a intensifié son bras de fer de longue date avec Telegram en accusant le fondateur, Pavel Durov, de faciliter des activités terroristes et en émettant un mandat d’arrêt international à son encontre.
Il s’agit de l’une des actions judiciaires les plus importantes jamais engagées contre le fondateur milliardaire de la plateforme de messagerie.
Cette initiative a lieu alors que les gouvernements du monde entier accentuent la pression sur les plateformes technologiques au sujet de la modération des contenus, du chiffrement et de leurs responsabilités dans la prévention des activités criminelles.
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La Russie vise Pavel Durov, fondateur de Telegram, avec des accusations de terrorisme
La Russie a inculpé le fondateur de Telegram, Pavel Durov, d’avoir aidé des terroristes le 29 juillet. Elle l’a également placé sur une liste internationale de personnes recherchées. Deux jours plus tôt, le Kremlin affirmait pourtant être toujours en discussion avec Telegram.
Cet intervalle de 48 heures mérite d’être relevé.
De quoi la Russie accuse Durov
L’accusation émane du Service fédéral de sécurité (FSB), la principale agence de renseignement russe. Il a diffusé sa déclaration par le biais des médias d’État mercredi matin.
Voici ce que le FSB affirme précisément.
- Telegram aurait permis aux services de renseignement ukrainiens d’utiliser ses canaux, discussions et bots.
- Ces outils auraient servi à planifier des sabotages, des assassinats et des fraudes en ligne à l’intérieur de la Russie.
- Des personnes, dont des femmes et des enfants, en auraient été victimes.
- Les dégâts se chiffreraient en milliards.
- Durov serait personnellement responsable parce qu’il dirige Telegram.
Le FSB l’a poursuivi sur le fondement de l’article 205.1 du code pénal russe, une loi qui sanctionne l’aide apportée à des terroristes. Elle prévoit jusqu’à 15 ans de prison.
Un point important à signaler. Le FSB n’a fourni aucune preuve à l’appui de ses accusations. Personne en dehors de la Russie n’a pu vérifier ces affirmations.
Durov et Telegram n’ont rien déclaré le jour même.
Le vrai enjeu est le timing
Retour au lundi 27 juillet. Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a confirmé que la Russie discutait avec Telegram pour réactiver l’application.
Il s’est également plaint du manque d’intérêt manifesté par Telegram.
Puis, mercredi, la Russie a inculpé son propriétaire.
Cela ressemble moins à une rupture de dialogue qu’à une mise sous pression alors que les discussions se poursuivaient.
La tension monte depuis plusieurs mois. En février, deux journaux pro-Kremlin affirmaient déjà que Durov faisait l’objet d’une enquête. Durov lui-même l’avait confirmé. Aucun organisme officiel ne l’avait fait à l’époque.
Le 29 juillet, c’est la première fois que le FSB le prononce publiquement.
La réponse que Durov avait donnée en février est toujours valable.
« Chaque jour, les autorités inventent de nouveaux prétextes pour restreindre l’accès des Russes à Telegram, cherchant à réprimer le droit à la vie privée et à la liberté d’expression. Un triste spectacle d’un État effrayé par son propre peuple », peut-on lire dans The Moscow Times, citant Pavel Durov, fondateur de Telegram
Environ 90 millions de Russes utilisent Telegram. Moscou essaie depuis un an de faire baisser ce chiffre.
Mais la manœuvre est compliquée. La répression des VPN en Russie a paralysé les banques et les paiements par carte dans tout le pays en avril.
Durov affirme que 65 millions de Russes continuent d’ouvrir l’application tous les jours, blocage ou pas. Le gouvernement veut les voir migrer vers Max, une messagerie d’État qualifiée par les critiques d’outil de surveillance.
Le mandat russe est moins solide qu’il n’y paraît
La plupart des médias présentent cela comme une alerte Interpol. Ce n’en est pas une.
Une « liste internationale de personnes recherchées » n’est qu’une dénomination russe. Interpol est un organisme distinct et il n’a rien annoncé.
Les règles mêmes d’Interpol expliquent pourquoi cela compte.
- Interpol n’intervient que si un pays lui en fait la demande officielle.
- Ses juristes vérifient chaque demande avant toute publication.
- Même une alerte publiée ne constitue pas un mandat d’arrêt.
- Chaque pays décide lui-même d’agir ou non.
- Les demandes qui enfreignent les règles sont annulées.
La Russie a déjà été déboutée dans le passé. Interpol a refusé ses demandes concernant le financier Bill Browder, estimant qu’elles étaient politiques.
La situation personnelle de Durov joue aussi en sa faveur. Il possède des passeports français et émirati et réside à Dubaï. Il est peu probable que l’un ou l’autre pays accepte de l’extrader.
La France lui court également après
La Russie n’est pas son seul problème.
Trois semaines avant l’inculpation du FSB, Durov a été interrogé durant plus de six heures à Paris par les enquêteurs français.
C’était son quatrième interrogatoire depuis que la France l’a mis en examen en 2024, a rapporté l’AFP. Ses avocats se sont exprimés par la suite.
« Près de deux ans après l’ouverture de la procédure pénale contre Pavel Durov, aucune preuve ne vient encore étayer les accusations », ont déclaré Christophe Ingrain, Robin Binsard et Guillaume Martin, avocats de Durov.
Ils se sont désormais tournés vers les tribunaux français et européens. La France a levé ses restrictions de voyage en novembre 2025.
Il fait donc face à deux affaires en même temps.
| Russie | France | |
|---|---|---|
| Statut | Mis en examen le 29 juillet 2026 | Mis en examen en 2024, toujours en cours |
| Accusation | Avoir aidé des terroristes | Laisser des activités criminelles se dérouler sur Telegram |
| Peine maximale | 15 ans | 10 ans et 500 000 € d’amende |
| Où il se trouve | À l’étranger, recherché | Libre de voyager |
| Preuves présentées | Aucune | Contestées par ses avocats |
Les traders à peine ébranlés
Telegram n’est pas une société crypto. Mais Durov dirige désormais un projet crypto, ce qui impacte le marché.
La rebrand de TON en Gram le mois dernier a encore renforcé l’association du token à Durov.
La réaction a été notable : le prix de GRAM a baissé de près de 5 % à l’annonce.
Regardons l’ensemble du tableau : GRAM est 83 % en dessous de son sommet de 2024. Il est en chute depuis un mois.
La baisse de mercredi a donc amplifié la panique, prolongeant le repli de plusieurs semaines.
Le risque le plus important est aussi à plus long terme. Durov est le visage de la lancement du wallet Gram destiné à plus d’un milliard d’utilisateurs de Telegram.
Si Durov est accaparé par la justice, tout le projet en pâtit.
Cependant, les experts soulignent un pare-feu juridique, car Telegram Wallet et le réseau social Telegram sont deux sociétés distinctes, créées ainsi délibérément.
« Cela ne signifie certainement pas que Telegram ou que les services de cryptomonnaies intégrés à l’écosystème Telegram seront immédiatement fermés… Les services crypto intégrés à Telegram et Telegram lui-même sont des entités légalement séparées. Elles ont été structurées ainsi intentionnellement », a déclaré Andrey Tugarin, fondateur de GMT Legal, à BeInCrypto.
Cela signifie qu’aucune condamnation russe contre le service de messagerie ne pourra désactiver le wallet. L’exposition est politique, pas structurelle.
Le risque le plus diffus est réputationnel. Durov est le visage du déploiement du wallet Gram auprès de plus d’un milliard d’utilisateurs de Telegram.
Tugarin indique que la pression sur Durov pourrait tout de même se répercuter indirectement sur l’activité crypto, au travers de restrictions supplémentaires, plutôt qu’au travers des tribunaux.
L’interdiction de la publicité pourrait nuire plus que les poursuites
La Russie prépare une seconde pression à date fixée, sans passer par la justice.
En mars, le Service fédéral antimonopole (FAS) a estimé que la publicité sur Telegram et YouTube enfreignait la loi russe. Deux semaines plus tard, il a suspendu les amendes jusqu’au 31 décembre 2026.
La période de grâce court encore pendant cinq mois. Les sanctions pourraient reprendre le 1er janvier 2027.
Tugarin souligne que cette échéance constitue la pression principale. Les revenus publicitaires représentent un levier que Moscou peut couper sans jamais toucher à Durov.
Une précision toutefois : le FAS a indiqué que les règles de 2027 sont encore en discussion et que son moratoire n’est qu’une position d’agence, pas une loi. La date, elle, est ferme. L’application reste incertaine.
Ce qu’il faut suivre désormais
Quatre éléments permettront de mesurer la gravité de la situation.
- La Russie demandera-t-elle officiellement à Interpol d’intervenir, et Interpol acceptera-t-il ?
- Les négociations autour de Telegram vont-elles se poursuivre ou s’arrêter ?
- Les enquêteurs français convoqueront-ils une cinquième fois Durov ?
- Le FAS laissera-t-il les amendes publicitaires reprendre au 1er janvier ?
La Russie a désormais mis en examen le fondateur d’une application avec laquelle elle poursuit encore des négociations. L’un de ces deux plans devra céder.









