Le président biélorusse Alexandre Loukachenko est sorti vainqueur d’une élection douteuse, le gouvernement semblant avoir coupé Internet dans tout le pays.

Lors de l’élection la plus contestée depuis des années, le service internet biélorusse a été mis hors ligne. Juste avant les élections, la candidate de l’opposition Svetlana Tikhanovskaya a fui son domicile suite à l’arrestation de ses cadres par la police. On ignore pour l’instant où elle se trouve.

Il s’agira du sixième mandat consécutif du président Alexandre Loukachenko depuis sa prise de fonction en 1994. Il a gagné le surnom de “dernier dictateur d’Europe” en raison du contrôle strict qu’il exerce sur le pays.

La police et les manifestants s’affrontent depuis samedi.

Internet coupé en Biélorussie

Ces coupures à échelle nationale a commencé le 9 août et ont touché la plupart des fournisseurs de services internet et de réseaux mobiles sans fil.

Les serveurs DNS sont également hors service, limitant les visites de pages web pour les personnes ayant accès à Internet, tandis que les principales plateformes de réseaux sociaux ont également été mises hors ligne.

Cela fait près de 24 heures que la Biélorussie est majoritairement hors-ligne après une série de coupures internet qui n’ont fait qu’empirer durant les élections de ce dimanche.

Les données du réseau en temps réel confirment que cette situation se maintient, limitant la liberté d’expression et de réunion.

Ces coupures internet ont commencé pendant les troubles publics qui ont précédé les élections présidentielles. Les manifestants ont déclaré que les résultats des votes seraient falsifiés et sont descendus dans les rues, où ils se sont heurtés à la police anti-émeute.

Une deuxième vague de coupures a eu lieu à l’ouverture des bureaux de vote dimanche, comme l’a signalé NetBlocks.

Les médias ayant des connexions internes avaient prévenu d’une coupure internet pendant les élections. Bien que les rapports initiaux aient prédit que les pannes ne se produiraient qu’à Minsk, il semble que la plupart du pays ait subi ces interruptions. Les sociétés de télécommunications ont bloqué jusqu’aux VPN.

De nouvelles méthodes de censure

Ces dernières années, l’usage d’Internet s’est considérablement accru en Biélorussie. Ce service a ainsi offert aux citoyens une plateforme d’information alternative aux médias contrôlés par le gouvernement.

La plupart pensent que ces coupures sont un acte délibéré pour empêcher les manifestants de s’organiser.

Dans une interview accordée lundi, Nikolai Kvantaliani, membre du conseil d’administration de Digital Communication Network Belarus, a expliqué pourquoi, d’après lui, Internet a été coupé :

Habituellement, pendant les élections, nous avons une opposition classique : des gens qui appartiennent à un parti politique… Ici, nous avions trois candidats qui n’étaient pas des chefs de parti mais le symbole du changement. Ils ont réussi à mener une très bonne campagne de mobilisation avec le message que nous aimerions avoir des élections libres et équitables.

Cela a effrayé Loukachenko, a déclaré M. Kvantaliani, ce qui a conduit son gouvernement à couper Internet. Des preuves montrent que plus de 3 000 personnes ont été détenues pendant les manifestations.

Les réactions à l’internationale

Les dirigeants du monde entier ont réagi avec suspicion à la victoire de Loukachenko. En Allemagne, le porte-parole d’Angela Merkel a déclaré qu’ils avaient “de gros doutes” quant aux résultats des élections.

En République tchèque, le premier ministre Andrej Babis a qualifié la réponse de la police aux manifestants de “ni libre ni démocratique”.

Les représentants de certaines technologies de blockchain disent qu’elles peuvent aider à faire face à ces pannes. Orchid (OXT) est un projet qui permet aux utilisateurs de dépenser leur cryptomonnaies pour créer des VPN décentralisés.

Le livret blanc d’Orchid affirme que la blockchain peut contourner les VPN censurés, pour le moment du moins. Il est intéressant de noter que M. Loukachenko a déclaré l’année dernière être intéressé par la construction d’un centre de données pour miner du Bitcoin.

Des manifestants s’organisent néanmoins dans tout le pays. Certains partagent des informations sur les lignes téléphoniques traditionnelles. D’autres utilisent des applications cryptées comme Telegram pour diffuser des vidéos et des photos.

Des rapports récents indiquent que des milliers de personnes forment actuellement des barrages dans les rues principales de Minsk. La capacité d’un gouvernement à stopper les nouvelles technologies sera certainement mise à l’épreuve au sein de cette véritable poudrière.

Alors que les rapports en provenance du pays se maintiennent, des messages cryptés implorent davantage de personnes de se joindre aux manifestations. Un message plein d’espoir, notamment, a été lu : “Nous sommes plus nombreux. Nous allons gagner”.

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