Un an s’est écoulé depuis que le président argentin Javier Milei a apporté son soutien à un projet qui a incité des centaines de milliers de personnes dans le monde à investir dans Libra, un meme coin qui s’est finalement révélé être un rug-pull.
Alfonso Gamboa Silvestre, un Chilien de 25 ans, fait partie des nombreux traders qui ont subi de lourdes pertes. Le lancement du token, puis sa disparition soudaine, lui ont en effet coûté 10 000 dollars. Depuis, il a définitivement quitté l’industrie crypto.
Un soutien présidentiel aux lourdes conséquences
Le jour de la Saint-Valentin 2025, Gamboa Silvestre était occupé à trader sur son ordinateur. La journée semblait ordinaire, jusqu’à ce qu’une notification s’affiche sur son téléphone, issue de l’un des nombreux groupes crypto qu’il suivait sur Telegram.
Il a ouvert le message, qui disait quelque chose de l’ordre de « le président d’Argentine vient de lancer un token crypto ». Gamboa Silvestre s’est précipité sur X (Twitter) pour vérifier si l’information était vraie.
Au début, il a cru que le compte de Milei avait été piraté. Mais après avoir soigneusement lu le tweet vérifié du président ainsi que le site du « Viva La Libertad Project » mentionné dans le post, Gamboa Silvestre a finalement écarté cette possibilité.
Il a donc acheté le token. Au total, il a investi 5 000 dollars.
« J’ai fait deux achats. D’abord, un modeste. Quand j’ai été totalement sûr que c’était bien le tweet de [Milei], j’ai réalisé un achat plus important », a raconté Gamboa Silvestre à BeInCrypto lors d’un entretien avec son équipe hispanophone.
Gamboa Silvestre a ensuite quitté son domicile pour aller dîner avec sa famille, mais il ne pouvait pas détacher les yeux de son téléphone. Le prix de Libra ne cessait de baisser et il ne savait pas quoi faire.
Choisir la meilleure option sur le menu tout en fuyant le regard inquiet de sa famille se faisant trop compliqué, il s’est enfermé dans les toilettes du restaurant.
« Au début, je pensais que le token allait descendre, puis qu’il allait remonter à l’infini », explique Gamboa Silvestre. « Mais cela ne s’est pas produit. Je le voyais descendre, encore et encore, et mon 14 février s’est transformé en cauchemar. »
Alors que les investisseurs commençaient à retirer massivement leurs fonds, Gamboa Silvestre a fait de même. Il a finalement doublé sa mise… mais en pertes. Cet événement a également marqué sa sortie définitive de l’écosystème crypto.
D’un trader actif à une sortie totale
Gamboa Silvestre a découvert la crypto en 2016, principalement par curiosité. En 2022, il a commencé à s’y investir sérieusement, jusqu’à devenir un trader actif. Et au départ, le secteur des meme coins l’avait bien servi.
Gamboa Silvestre a fait partie des premiers investisseurs dans TRUMP et MELANIA, les deux tokens lancés par le président américain Donald Trump et la Première Dame Melania Trump, ce moins de 48 heures avant l’entrée en fonction de Trump.
Il s’en était alors très bien sorti et pensait qu’il en serait de même avec Libra.
« Je me suis dit que, puisque Milei avait eu différentes réunions avec Donald Trump et Elon Musk, ça allait suivre la même trajectoire, qu’ils allaient bien faire les choses, et que j’allais pouvoir y gagner de l’argent », se souvient Gamboa Silvestre.
Cependant, les choses se sont passées autrement. Au-delà de l’argent perdu, Gamboa Silvestre a laissé derrière lui ce qui comptait encore plus à ses yeux : sa passion pour la crypto.
« Après ce qui s’est passé avec Libra, je me suis complètement éloigné de ce monde. J’ai arrêté quelque chose que j’aimais vraiment, qui m’avait apporté beaucoup de rentabilité pendant cette période », confie-t-il. « À l’avenir, je me voyais ne vivre que de ça. Mais j’ai perdu toute confiance. »
Aujourd’hui, les seuls liens que Gamboa Silvestre entretient avec ce secteur sont sa participation à une action collective contre le président Milei.
Des données qui contredisent les affirmations de Milei
Gamboa Silvestre fait partie des 212 investisseurs qui demandent réparation de leurs pertes dans une action en justice toujours en cours en Argentine.
Bien que Javier Milei ait à plusieurs reprises minimisé l’impact que LIBRA a eu sur ses investisseurs, les faits présentent une toute autre version des faits.
Selon les données de Ripio, un exchange centralisé opérant dans le pays, 1 329 citoyens ont perdu de l’argent. Ces chiffres contredisent directement les précédentes affirmations de Milei, selon lesquelles seuls quelques investisseurs argentins auraient été affectés.
Les Argentins n’étaient d’ailleurs pas les seuls à avoir perdu de l’argent. L’impact a été international, touchant des investisseurs de la Bosnie jusqu’au Liban, en passant par l’Australie.
Aux États-Unis, une autre action collective est en cours contre Hayden Davis, un investisseur américain et PDG de Kelsier Ventures, accusé d’être le cerveau derrière le projet.
La confiance baisse alors que l’enquête se poursuit
Bien qu’une année entière se soit écoulée depuis le lancement de Libra, Milei n’a toujours pas fourni d’explication cohérente quant à son niveau d’implication dans le projet de jeton.
Selon Agustín Rombolá, l’un des avocats représentant les plaignants dans le cadre de l’action collective, les réponses de Milei ont beaucoup varié au cours de l’année écoulée.
« Il nous a d’abord dit que c’était un casino, qu’on ne pleure pas au casino. Ensuite, il nous a dit qu’il avait le droit de vendre ses opinions. Puis il nous a affirmé qu’il n’occupait pas la fonction de président au moment du tweet. [Après cela], il nous a expliqué qu’il avait été victime d’une arnaque », a déclaré Rombolá à BeInCrypto.
Selon le député Maximiliano Ferraro, l’un des critiques les plus virulents dans le scandale Libra, Milei n’a toujours pas abordé un point essentiel concernant son rôle dans l’affaire.
« Beaucoup de questions restent encore sans réponse. Qui a approché le Président et comment lui a-t-on remis cette [adresse de smart contract] qui comportait plus de 40 caractères et n’avait pas de statut public ? » a indiqué Ferraro lors d’un entretien accordé en espagnol.
Alors que l’enquête sur les faits se poursuit, le préjudice financier continue d’être évalué, tout comme la perte de confiance.
Pour Gamboa Silvestre et des milliers d’autres, Libra n’a pas seulement été un investissement raté, mais aussi un tournant qui a transformé leur entier rapport à la cryptomonnaie.
La morale de l’histoire : Politique et meme coin ne servent jamais le peuple.