“Il s’agit du moment idéal pour que les femmes entrent dans cet espace” : interview avec Eowyn Chen, nouvelle PDG de Trust Wallet

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EN BREF
  • Auparavant numéro 2 chez Binance, Eowyn Chen a accepté de répondre à nos questions.

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The Trust Project est un consortium international d'organismes de presse basé sur des normes de transparence.

Alors que Trust Wallet est devenu le plus important wallet crypto au monde, tant en termes d’utilisateurs que de nombre de tokens soutenus, son fondateur et PDG Victor Radchenko a décidé de céder sa place. Lors du Paris Blockchain Week Summit, Be[In]Crypto a pu rencontrer la nouvelle PDG, Eowyn Chen. Auparavant à la tête du marketing international chez Binance, elle a accepté de répondre à nos questions.

BeinCrypto (BIC) : Beaucoup des nouveaux venus dans le secteur sont quelque peu rebutés par l’aspect technique des exchanges et des portefeuilles crypto, en particulier lorsqu’il s’agit de DeFi [finance décentralisée]. L’équipe de Trust Wallet prévoit-elle de se concentrer sur les mises à jour de l’expérience utilisateur afin de rendre l’application plus facile à utiliser pour les débutants ? Nous pouvons prendre pour exemple des applications telles que Paypal ou Venmo, qui sont devenues très courantes et sont très faciles d’usage.

Eowyn Chen (EC) :

L’expérience utilisateur est en effet une priorité pour notre équipe et nous avons beaucoup investi pour créer le portefeuille Web3 le plus facile d’usage du secteur. À titre d’exemple, nous avons récemment embauché notre premier chef de produit, issu de Meta, qui travaillait sur l’expérience Oculus VR.

Nous cherchons à combiner le meilleur de Web2 et Web3 en introduisant les pratiques Web2 au sein de l’écosystème Web3, en particulier concernant la manière dont un utilisateur appréhende la technologie et la montée en puissance des informations, ce à mesure qu’il explore les fonctionnalités plus avancées du programme. Cet état d’esprit nous permet également d’équilibrer les besoins des utilisateurs et l’expérience quotidienne des détaillants avec la croissance de ce secteur naissant.

Chez Trust Wallet, nous mettons toujours l’accent sur la facilité d’utilisation, car notre mission vise à favoriser l’adoption des cryptomonnaies, en particulier l’aspect sans autorisation. C’est pourquoi le fondateur, Victor, s’est concentré exclusivement sur la manière de rendre le produit facile à utiliser. De même, ce qui ressort avec nous, ce dont on m’a beaucoup parlé à propos de l’application Trust Wallet, est la façon dont nous gérons les multi-chaînes. En effet, beaucoup d’utilisateurs sont très ennuyés par les chaînes multiples.  

Il y a certainement beaucoup de difficultés techniques liées à l’interopérabilité, et que l’infrastructure dans son ensemble doit améliorer. Cependant, au moins au niveau du produit, nous avons un portefeuille toutes-chaînes où les gens peuvent voir tous leurs tokens, quelle que soit la chaîne sur laquelle ils se trouvent, sur une même interface. Il s’agit donc d’un véritable guichet unique permettant aux gens de comprendre l’ensemble de leurs actifs sans avoir à changer de réseau.    

C’est une petite création, mais il faut beaucoup d’efforts et de réflexion pour comprendre ce qui entraîne vraiment la décision de l’utilisateur en matière d’adoption.

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Autre chose importante : nous choisissons ce qu’il faut éviter pour les portefeuilles. Il est très facile de simplement écouter les voix les plus fortes de la communauté, comme l’expérience de l’utilisateur professionnel et ce qu’il veut : telle ou telle fonctionnalités ensemble, mais celles-ci peuvent ne pas fonctionner avec de nouveaux utilisateurs.           

Si vous regardez vraiment les produits traditionnels comme PayPal ou Venmo, ils se concentrent sur une seule chose et optimisent véritablement cette expérience utilisateur. Venmo, par exemple, a une composante d’interaction sociale. Je pense que la clé, pour n’importe quel produit, qu’il soit centralisé ou décentralisé, est de trouver ce moment idéal de chercher véritablement à satisfaire la base d’utilisateurs.

Il doit également rester simple ; les gens n’ont que faire de toutes ces fonctions pro trop compliquées. Il est donc crucial d’être discipliné et de dire non aux fonctionnalités superflues. C’est ainsi que l’on peut viser une adoption massive.

L’autre progrès des plateformes centralisées concerne le processus KYC (Know your customer) et l’expérience du produit. La question la plus difficile à ce sujet est que les politiques de KYC de chaque pays sont différentes : comment faire évoluer 180 pays et régions à travers le monde avec des documentations différentes tout en étant capable de le faire en 2 minutes ? Je pense qu’il s’agira d’une évolution à la fois technique et de l’expérience utilisateur sur laquelle les plateformes centralisées devront travailler.

Sur le versant décentralisé, avec l’aspect sans permission des wallets comme le nôtre, nous nous concentrons vraiment sur le fait que les clients détiennent leur propre clé. Il s’agit de l’un des plus grands défis pour les gens, car nous luttons contre les erreurs humaines.         

À partir de là, quelle proportion de ces erreurs humaines pouvons-nous surmonter grâce à l’expérience des produits ? Quels sont les aspects que l’on ne peut pas améliorer du tout ? Et si les gens ne veulent pas avoir le contrôle total de leur portefeuille ? Je pense que le défi sera de donner aux gens différentes options en fonction de leur demande. Il s’agira d’un défi de taille pour nous, car nous sommes vraiment axés sur le “permissionless” ; nous voulions redonner le contrôle aux gens. On dit souvent “pas votre clé, pas votre argent” ; j’ajouterai aussi “pas votre argent, pas votre pouvoir”.       

L’élément fondamental du Web3 est donc que les gens ont le pouvoir et le contrôle de leurs propres actifs, qu’ils peuvent transporter avec eux où qu’ils soient. Ainsi, dans l’expérience du produit, peut-être que l’intégration de l’utilisateur par le biais d’une plateforme centralisée concernait les solutions de garde, mais qu’il a ensuite été formé à la transition vers des solutions sans garde. 

Ce ne sont là que quelques-unes des réflexions sur les obstacles que nous devons à mon avis surmonter. Nous recrutons les talents et réfléchissons aux différentes options potentielles pour les utilisateurs. Et il n’y a pas que nous ; beaucoup d’acteurs du secteur essaient de trouver les bonnes solutions. Nous pouvons examiner les solutions des autres, apprendre les uns des autres et améliorer l’offre de produits dans l’ensemble du secteur.

Cela peut prendre quelques années, mais regardez le chemin parcouru. Il y a 10 ans, les gens n’avaient même pas de moyen d’acheter du Bitcoin, et je pense que ce ne sera pas un problème si nous croisons les idées des meilleurs talents pour trouver une solution dans les 1, 2 ou 3 prochaines années.  

BIC : Cette année, de nombreuses régions du monde travaillent activement sur une réglementation de l’espace crypto, notamment les États-Unis et l’Europe. Êtes-vous optimiste à ce sujet, ou craignez-vous que cela nuise à la nature décentralisée de la crypto ? Vous en avez déjà parlé un peu ; plus il y a de réglementations, moins la Defi est décentralisée. Cela vous inquiète-t-il ?

EC :

Je pense que l’arrivée des régulateurs est une bonne chose, car l’espace présente encore de nombreux problèmes non résolus qui, grâce à la réglementation, peuvent être traités.

Les objectifs sont de protéger les utilisateurs et faire de cet espace un terrain de jeu plus équitable. Sur ces aspects, je pense donc que les réglementations aideront à l’adoption de la crypto, parce qu’elles rassurent sur un point qui fait peur aux gens : l’idée qu’il n’y a pas de responsabilité. Cela la rend plus légitime.

Chaque région du monde a des réactions différentes face à ce phénomène. Aux États-Unis et dans les pays d’Europe occidentale, les gens font davantage confiance au gouvernement et à l’organisme de réglementation, alors que ce n’est pas forcément le cas dans d’autres régions du monde.

On ne peut pas vraiment dire qu’il s’agisse d’une solution claire et nette. Cela dépend totalement de la manière dont les règles entrent en jeu et dont elles seront exécutées et appliquées.

Du coté des plateformes centralisées, que nous voyons beaucoup avec les régulateurs d’exchanges, je pense qu’en ce qui concerne le passage de la monnaie fiduciaire au monde crypto, une grande partie de la supervision pourrait être une bonne chose. Surtout du point de vue de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

La partie délicate en ce qui concerne la réglementation réside dans l’aspect de la décentralisation, car l’absence de permission et la décentralisation sont l’une des innovations les plus fortes que l’industrie et la communauté blockchain ont à offrir. Le fait que les gens aient le contrôle total de leurs propres fonds n’a jamais été possible auparavant dans l’histoire, et cela est permis par la technologie.

Lorsque nous envisageons de réglementer la DeFi, le problème est de savoir comment ne pas utiliser l’ancien modèle comme point de référence. Cela exige un travail acharné de la part du régulateur comme du secteur.    

On retrouve l’idée fausse que, parce que [un système] est décentralisée et qu’il n’y a pas de KYC, avec les portefeuilles par exemple, les gens pourraient penser que cela sert à des activités illicites ou à des comportements illégaux. Un rapport récent montre qu’en 2021, seulement 0,15% des transactions totales sont potentiellement suspectes, alors que si l’on considère la plupart des cas de blanchiment d’argent qui se produisent dans le monde de la monnaie fiduciaire, notamment en espèces, cela représente 5% du volume de la monnaie fiduciaire.

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J’ai donc l’impression qu’il y a beaucoup de peur de l’inconnu, ce qui conduit à un préjugé cognitif en pensant qu’il s’agit d’une bête à laquelle les régulateurs doivent s’attaquer, alors que les vraies menaces sont celles qui dévient le monde de la monnaie fiduciaire et de l’argent liquide. Les régulateurs peuvent donc mieux utiliser et exploiter cette technologie et la voir comme une opportunité de contribuer à une économie comme à une gestion gouvernementale plus propres.

La question est de savoir comment nous pouvons mieux exploiter le fait que les données on-chain sont très transparentes. Nous n’avons pas nécessairement besoin de connaître chaque adresse pour tirer parti d’une meilleure analyse des données afin de repérer les comportements ou les acteurs suspects. Ensuite, nous pouvons retracer ces données très propres et transparentes pour que les gouvernements puissent faire appliquer la loi et agir en conséquence. Je pense qu’il s’agira là d’un meilleure manière, une manière plus intelligente, d’exploiter la technologie sans sacrifier l’innovation.

En résumé, il incombe à l’industrie et aux régulateurs de travailler ensemble pour obtenir les bonnes informations afin que les autorités de régulation puissent s’appuyer sur les bons points fondamentaux. De cette façon, elles peuvent proposer les meilleures solutions au lieu d’avancer dans le flou. Je pense que, notamment dans l’UE, ils ne veulent pas tuer l’innovation et passer à côté de l’avenir de l’économie.

BIC : Nous avons vu que certaines personnes, comme Christine Lagarde, se sont montrées très réticentes à l’égard des cryptomonnaies. Comment abordez-vous ce type de responsables ?

EC :

Les principaux acteurs du secteur, comme Binance, s’efforcent d’éduquer les gouvernements et de coopérer avec eux.

Je n’ai pas encore ce genre de connexions, mais si notre expertise ou notre connaissance des produits peut être utile et contribuer à ces conversations, nous sommes plus qu’heureux de participer. En fin de compte, même si nous ne demandons aucune permission et que nous ne détenons pas les données des utilisateurs, nous devons participer à ces discussions où nous pouvons avoir l’occasion de façonner la compréhension du monde de la crypto.

Nous pouvons travailler collectivement à des solutions avec les régulateurs, ce qui s’avère préférable pour la société dans son ensemble. Nous devons être proactifs, ouverts d’esprit et ne pas avoir de préjugés en amont.

Je pense que l’espace croit que la réglementation dans son ensemble est négative. Je ne pense pas qu’il faille en avoir peur. Nous devrions être en mesure de la façonner avec les régulateurs afin que l’espace gagne en durabilité à long terme et puisse se développer. Non seulement pour se développer, mais aussi pour gagner la confiance de la société en général, afin qu’elle ne nous considère pas comme des cyberpunks fous.

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BIC : Quelles sont vos priorités pour l’année 2022 ?

EC :

L’un des éléments clés est la constitution d’une équipe. Nous servons 10 millions d’utilisateurs actifs par mois, mais notre équipe ne compte qu’une vingtaine de personnes. Je pense que nous sommes l’une des plus petites équipes à en faire autant, avec la plus grande intensité en termes de ratio utilisateurs/ talents.

Je pense donc que l’équipe a fait un travail incroyable, mais si nous voulons accomplir notre mission, qui est d’accroître l’adoption de la cryptomonnaie, en particulier sans permission, nous devons faire mieux pour dénicher plus de talents afin de pouvoir évoluer et servir plus d’utilisateurs.

Mon objectif principal est donc le suivant : comment introduire les bons talents dans cet espace ? Ce afin de pouvoir offrir ensemble une meilleure solution de produit. C’est pourquoi j’ai parlé d’embaucher des personnes issues du monde du Web 2. Ces personnes auront l’expérience d’une meilleure conception de produit et d’une meilleure expérience d’accueil des utilisateurs. Elles pourront donc nous rejoindre et nous aider à élaborer la feuille de route du produit pour l’avenir.

Il est également très important de pouvoir rester en contact avec les utilisateurs et de compléter le produit en fonction de leurs besoins. Il s’agit toujours de construire un produit que les gens recherchent. C’est un véritable défi pour nous, car nous ne collectons pas de données. Il s’agit donc de déployer de nombreux efforts proactifs pour écouter ce que les utilisateurs ont à dire.

Nous devons toujours garder à l’esprit que tout ce que disent les utilisateurs ne doit pas être mis en œuvre de la manière exacte qu’ils souhaitaient. Il est préférable de digérer l’information et de la traduire en une meilleure solution pour tous les utilisateurs.

La gestion des clés va être une question très importante. L’interopérabilité des blockchains. À l’heure actuelle, nous prenons en charge 63 blockchains publiques, ce qui fait de nous le réseau multi-chaîne le plus inclusif, plus de six fois supérieur à Metamask. Alors, comment continuer à façonner ces normes ? Pour que vous puissiez avoir de meilleures solutions d’intégration pour les projets ou les différents écosystèmes de chaînes afin qu’ils puissent obtenir stratégiquement le bon support de portefeuille.

La réponse peut être, une fois de plus, de faire appel à davantage d’humains pour exploiter davantage de technologies. Grâce à l’extension de l’équipe, nous parviendrons à répondre aux commentaires des utilisateurs. Pour vraiment nous concentrer sur ce que nous devons construire, nous devons nous concentrer sur le niveau de l’infrastructure, continuer à être aussi open source que possible pour éviter de devenir l’un des écosystèmes fermés du type Web 2.

En même temps, nous pouvons avoir des normes au niveau de l’industrie pour servir ensemble différentes chaînes et différents projets. Sur ce point, nous demandons simplement à la communauté des développeurs de travailler de pair pour nous aider à construire un projet commun open source.

Enfin, il est important de rester au courant des réglementations, nous essayons autant que possible de les éclairer à ce sujet ou de contribuer à leur élaboration. Il est formidable que Trust Wallet puisse tirer parti de certaines des ressources de Binance pour faire entendre sa voix. Je fais une grande partie du travail pour éduquer en interne au sein de Binance, ce afin que les gens pensent à l’écosystème ouvert sans permission dans la communauté.

Ainsi, quel que soit le lobbyiste ou le régulateur avec lequel nos dirigeants sont en mesure de se concerter, ils peuvent, par conséquent, éduquer les autres dans leur domaine, même lorsque nous ne sommes pas présents avec eux. D’autre part, si des réglementations complexes entrent en jeu, nous devons trouver des solutions pour continuer à servir la population.

Avec Trust Wallet, nous servons tellement d’utilisateurs que nous avons dépassé le stade où nous devions nous positionner de la sorte : si les réglementations ne sont pas en notre faveur, nous arrêtons. Car, en fin de compte, si nous ne fournissons pas le produit et les services, ce sont les utilisateurs qui seront perdants.

Même si nous avons de fortes préférences, nous avons un devoir et une idéologie forts sur la direction que devrait prendre le monde du Web3. Nous continuerons à faire notre travail pour donner accès à l’infrastructure, même si ce n’est pas de la manière exacte que nous souhaitons.

BIC : Concernant la sécurité : avec le nombre croissant de piratages et de scams crypto, y a-t-il des projets sur lesquels Trust Wallet travaille actuellement pour améliorer encore plus la sécurité de ses utilisateurs ?

EC :

En matière de sécurité, il y a deux aspects : l’aspect sur lequel nous pouvons travailler et l’aspect sur lequel nous pouvons aider les utilisateurs à travailler. Surtout lorsqu’il s’agit de contrôler sa propre clé.

Nous avons travaillé sur une grande partie des solutions de l’industrie. Même si nous voulons être aussi ouverts que possible, nous n’avons pas encore intégré certains des protocoles qui n’ont pas fait l’objet d’un audit public, cer nous craignons qu’il y ait des erreurs dans le code, ou des mécanismes potentiels qui pourraient constituer des abus internes, ce qui pourrait conduire les utilisateurs à perdre leurs fonds.

Par exemple, jusqu’à présent, nous n’avons intégré que le staking natif, et non le staking participatif. Tout le monde veut une équité de staking pour un meilleur accès et un meilleur effet de levier. Cependant, parce que nous ne pouvons pas vérifier les codes très facilement ou parce que les protocoles n’ont pas été ouverts à ce sujet, nous ne choisirons probablement pas de l’utiliser. Cela ne changera pas tant que nous n’aurons pas plus confiance dans ce domaine. Voilà donc ce que nous pouvons faire lorsque nous nous occupons de l’infrastructure du portefeuille.

D’un autre côté, je pense que la plupart des problèmes de sécurité proviennent des utilisateurs et de la façon dont ils gèrent leur propre clé. Nous avons voulu insister pour que les utilisateurs acquièrent davantage de connaissances sur la gestion de leur clé , nous avons travaillé sur l’éducation des utilisateurs, et sur la façon dont nous pouvons leur rappeler les meilleures pratiques.

Par exemple, ne pas dévoiler sa phrase secrète à des fraudeurs qui prétendent être l’équipe d’assistance de Trust Wallet. Nous voyons ce genre de situation de partout. Pas seulement nous, en fait, Metamask a les mêmes problèmes. Chaque fois qu’un projet obtient suffisamment de traction de la part des utilisateurs, nous y voyons des escrocs. À ce sujet, afin de vraiment donner aux gens le pouvoir de posséder leur propre clé, nous devons leur apprendre à être responsables de ces clés. C’est donc quelque chose qui n’est pas nécessairement technique, mais très important.

BIC : En tant que femme leader dans l’espace crypto, pensez-vous que sa réputation de “boy’s club” perdure ? Quels sont, selon vous, les plus grands défis que les femmes doivent relever dans ce secteur ?

EC :

Je pense qu’il est utile d’avoir une présence plus forte si nous voulons attirer les talents féminins dans cet espace, ainsi que des utilisatrices. Je me souviens de la façon dont la crypto s’est développée, lorsque j’étais directrice de la croissance chez Binance. Ce n’est pas la publicité qui a permis d’attirer les gens ; c’est le bouche à oreille. Parce que les gens ont vu que d’autres personnes comme eux pouvaient se lancer ils commencent à croire qu’ils le pouvaient aussi.

C’est aussi la raison pour laquelle je me dévoile au grand jour maintenant. Je suis dans l’équipe de direction de Binance depuis presque 4 ans, mais je suis toujours restée dans les coulisses et j’ai responsabilisé d’autres personnes. Cela dit, en fin de compte, la majorité des gens ne savent pas que la plupart des hauts dirigeants de Binance sont des femmes.

D’après mon expérience, je ne pense pas qu’il s’agisse d’un club de garçons. Je dis souvent aux autres candidats que le travail à distance est très favorable aux femmes. Elles n’ont pas besoin de prendre un verre dans un bar pour parler de football avec leurs collègues masculins, comme c’est le cas dans les entreprises technologiques ou financières traditionnelles.

Je trouve en fait que pour les talents féminins capables, tant que nous nous concentrons sur les résultats, nous utilisons nos propres moyens pour accomplir notre travail et nous progressons ensuite dans nos carrières. C’est ce que j’ai vécu chez Binance. Nous devons simplement avoir confiance en nous, ne pas considérer cet espace comme un “boys club“, car dans ce cas, nous sommes plus susceptibles de nous fixer des limites.

Une chose qui serait bonne pour l’espace crypto serait que, selon moi, les femmes sont vraiment bonnes en gestion, car nous avons le sens de la compréhension des autres, de la communication, surtout pour les situations auxquelles les utilisateurs sont confrontés. Nous savons comment mieux mettre en valeur ce que les utilisateurs pensent. Peut-être, si l’espace crypto se généralise, qu’il serait bon que davantage de femmes y participent afin que nous puissions mettre l’accent sur les utilisateurs de détail au quotidien plutôt que sur nos propres intuitions sur ce que l’espace a à offrir.

En ce moment, alors que nous traversons le seuil d’adoption des cryptomonnaies, il s’agit du moment idéal pour que les femmes entrent dans cet espace. En tant qu’adoptantes et exemples, pour montrer à tout le monde, à leur réseau social, à leur propre famille, que c’est possible. Elles peuvent contribuer en montrant qu’elles se développent très bien. Cela aiderait à la fois l’industrie à obtenir une représentation plus équilibrée des sexes et l’adoption par les utilisateurs.

Un autre point intéressant à mentionner est qu’avant que je ne rejoigne Trust Wallet, l’équipe y était entièrement masculine, à l’exception des agents du service clientèle. Cela dit, je ne pense pas que, sur le plan culturel, il y ait quoi que ce soit contre les femmes. L’équipe est vraiment réceptive et d’un grand soutien. Je pense que j’ai plus à offrir à l’équipe parce que j’ai une perspective plus diversifiée. Nous nous complétons mutuellement et rendons le projet plus complet et plus complémentaire à la croissance.

Je pense d’ailleurs que les femmes ne devraient pas s’inquiéter de rejoindre un environnement de travail, même s’il n’y a pas beaucoup d’autres représentantes. Mon conseil est le suivant : foncez, faites votre chemin et prenez conscience que les hommes n’ont pas de préjugés à votre égard. Ne laissez pas vos propres limites restreindre votre façon de penser.

Rappelez-vous que nous ne nous attachons pas à embaucher des hommes ou des femmes, mais uniquement des personnes capables de faire le travail requis. Quiconque possède les compétences, la mentalité, la passion ou la personnalité qui conviennent à un rôle. Nous ne devrions pas accorder trop d’importance au genre afin de pouvoir transcender les limites de l’identité.

BIC : Y a-t-il d’autres projets ou technologies qui suscitent votre enthousiasme ?

EC :

Je suis emballée par les choses pratiques. Comme de pouvoir continuer à améliorer l’expérience utilisateur afin d’accélérer l’adoption de la crypto et de transformer plus de monnaie fiduciaire en monnaie numérique. Nous verrons la part de la crypto augmenter par rapport à celle de la fiat. C’est ce qui aurait le plus d’impact.

Si nous voulons que cela se concrétise, nous devons améliorer l’expérience KYC. Cela n’a rien de cool, ce n’est pas une nouvelle technologie, mais cela a un impact. En tant que responsable d’un portefeuille multi-chaînes, je me soucie évidemment beaucoup de l’interopérabilité des multi-chaînes, car nous devons penser à améliorer la connectivité entre les chaînes afin d’améliorer l’expérience de nos utilisateurs. Bien que parfois, ce ne soit pas fondamentalement possible au niveau technique, il y a une limite à ce que nous pouvons faire au niveau de l’UI/UX.

Un autre point sur lequel je pense que nous devrions nous concentrer est la construction. Nous devons construire quelque chose de plus solide. C’est ce que nous avons le temps de faire dans un marché baissier, car tout ne consiste pas à gagner de l’argent rapidement. Je ne sais pas où le marché va aller, mais je suis très enthousiaste à l’égard des récents engouements tels que les NFT ou la GameFi. Ils pourraient devenir beaucoup plus ancrés dans l’espace et, finalement, lorsque le prochain cycle haussier arrivera, nous verrons ce que ces projets ont à offrir au monde.

BIC : Merci Eowyn, c’était très intéressant !

EC : Merci à vous pour votre temps et à celui de vos lecteurs.

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Après avoir commencé des études de Droit à Aix-en-Provence, Victor décide de les poursuivre aux Etats-Unis où il obtient un Bachelor of Science, en Marketing. Depuis il travaille comme créateur de contenus, traducteur spécialisé dans le domaine des cryptomonnaies et photographe de mode.

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