Michael Burry, l’investisseur qui avait prédit la crise financière de 2008, a déclaré ce lundi 2 février qu’une forte chute du cours de Bitcoin pourrait déclencher une cascade de ventes forcées sur plusieurs classes d’actifs.
Avec un Bitcoin en baisse de 40 % par rapport à ses sommets d’octobre et des altcoins qui chutent de 20 à 40 % depuis la réunion du FOMC de janvier, la question qui domine les marchés crypto est de savoir si un véritable hiver crypto, ou crypto winter, s’est bel et bien installé.
SponsoredMichael Burry annonce un possible retour de Bitcoin à 50 000 $
Dans un post publié sur Substack, l’investisseur du “Big Short” a estimé qu’environ 1 milliard de dollars de métaux précieux avaient été liquidés fin janvier, ce alors que les investisseurs institutionnels et les trésoriers d’entreprise se précipitaient pour couvrir leurs pertes dans la crypto.
« Il n’existe aucune raison d’usage organique qui justifierait un ralentissement ou un arrêt de la chute de Bitcoin », a écrit Burry. Il a noté que si le cours du BTC tombait à 50 000 dollars, les sociétés de minage pourraient faire faillite et le marché des contrats à terme de métaux tokenisés pourrait « s’effondrer dans un trou noir sans acheteur ».
Bitcoin a brièvement atteint 73 000 dollars ce mardi, avecune baisse de 40 % depuis son sommet d’octobre 2025 à plus de 126 000 dollars. Burry a fait valoir que la cryptomonnaie n’a pas tenu sa promesse de valeur refuge numérique et d’alternative à l’or, qualifiant les récents gains liés aux ETF de purement spéculatifs, sans preuves d’une adoption durable.
Strategy et BitMine : le modèle de trésorerie crypto remis en question
L’avertissement de Burry sur les risques de contagion est étayé par des éléments concrets concernant les difficultés des sociétés de trésorerie crypto. Strategy, la société d’accumulation de Bitcoin dirigée par Michael Saylor, enregistre désormais des pertes latentes depuis que le BTC est passé sous son prix d’achat moyen d’environ 76 000 dollars. L’entreprise a ainsi comptabilisé 17,44 milliards de dollars de pertes non réalisées au seul quatrième trimestre.
En conséquence, la capitalisation boursière de Strategy a chuté de 128 milliards de dollars en juillet à 40 milliards, soit une baisse de 61 % depuis le sommet d’octobre de Bitcoin. Son mNAV — la valeur d’entreprise divisée par la valeur de ses avoirs crypto — est passée de plus de 2 il y a un an à 1,1, s’approchant du seuil critique qui pourrait forcer à vendre des tokens.
Sponsored SponsoredStrategy a évoqué la possibilité de vendre des avoirs si le mNAV passe sous le niveau de un, ce qui marque un considérable revirement par rapport à la politique de Saylor de ne jamais vendre. L’entreprise a levé 1,44 milliard de dollars grâce à une vente d’actions pour assurer le paiement des dividendes et des dettes à venir.
BitMine Immersion Technologies, soutenue par Peter Thiel et présidée par Tom Lee de Fundstrat, fait face à des pertes encore plus importantes. Cette société accumule de l’Ethereum et détient 4,3 millions ETH achetés à un prix moyen de 3 826 dollars, désormais valorisés autour de 2 300 dollars ; cela représente plus de 6 milliards de dollars de pertes latentes.
Les analystes avertissent que les sociétés de trésorerie crypto sont piégées par leur propre récit : toute vente, même minime, enverrait un signal dévastateur capable de faire chuter à la fois l’action de la société et le token sous-jacent, bien au-delà de l’impact réel d’une telle vente.
Sponsored SponsoredUne tendance baissière prolongée dans les données techniques
L’analyste japonais Hiroyuki Kato de CXR Engineering a tiré la sonnette d’alarme contre une possible entrée du marché crypto dans une tendance baissière de long terme. Bitcoin a franchi à la baisse son creux de novembre, entraînant un passage de stratégies « buy-the-dip » (achat sur repli) à des stratégies de vente à découvert.
Le passage du seuil critique de 400 000 yens (2 600 dollars) par Ethereum a accéléré sa chute, tandis que l’ensemble des altcoins a reculé de 20 à 40 % depuis le FOMC de janvier. Kato a relevé que le graphique hebdomadaire montre une formation en tête-épaules qui s’approche de sa ligne de cou ; une rupture rendrait alors une reprise à court terme structurellement difficile.
« La forte volatilité sur la crypto et les métaux précieux, en amont des marchés actions, pourrait ainsi constituer un signal précurseur », a écrit Kato, conseillant d’adopter une posture défensive jusqu’à stabilisation des conditions de marché.
Ce n’est pas un crypto winter, mais un nouveau paradigme
Malgré les signaux baissiers, Tiger Research estime que cette baisse diffère fondamentalement des précédents crypto winters. En effet, les hivers passés — le hack de Mt. Gox en 2014, l’explosion des ICO en 2018, l’effondrement Terra-FTX en 2022 — étaient consécutifs à des échecs internes à l’industrie, qui ont brisé la confiance et entraîné la fuite des talents.
Sponsored« Nous n’avons pas créé le printemps, il n’y a donc pas non plus d’hiver », peut-on lire dans le rapport. De leur côté, le bull run de 2024 comme la baisse actuelle ont tous deux été provoqués par des facteurs extérieurs : autorisations d’ETF, politiques tarifaires et anticipations de taux d’intérêt.
Plus important encore, le marché s’est fragmenté en trois couches depuis l’avancée de la régulation : une zone régulée à volatilité limitée, une zone non régulée pour la spéculation à haut risque, et une infrastructure commune — comme les stablecoins — au service des deux. Ainsi, l’effet de ruissellement qui portait toutes les pièces quand Bitcoin montait a disparu. Les capitaux issus des ETF restent dans Bitcoin et ne se déversent plus vers les altcoins.
« Une saison crypto où tout monte ensemble a peu de chances de revenir », conclut Tiger Research. « Le prochain bull run arrivera. Mais il ne sera pas pour tout le monde. »
Pour que ce bull run se matérialise, deux conditions doivent être réunies : l’émergence d’un cas d’usage révolutionnaire depuis la zone non régulée et un contexte macroéconomique porteur. Et d’ici là, le marché demeure dans un état inédit : ni hiver, ni printemps, mais quelque chose de complètement nouveau.
La morale de l’histoire : Quand les marchés crypto chauffent trop, les tempêtes prennent le relais.