Après plus d’un an de peur, le premier procès d’un enlèvement crypto en France a lieu et révèle l’ampleur d’un phénomène criminel encore mal maîtrisé.
Deux kidnappeurs crypto condamnés
Le tribunal d’Amiens a rendu sa décision dans une affaire qui illustre la dérive inquiétante des kidnappings en France. Deux jeunes hommes de 19 et 24 ans ont été condamnés respectivement à neuf et cinq ans de prison ferme pour avoir séquestré une famille à Revelles lors d’un cambriolage visant à extorquer de la crypto. Ils devront également verser 7 000 euros de dommages moraux à chacune des trois victimes adultes.
Les faits remontent à la nuit d’Halloween 2025. Trois individus encagoulés s’étaient introduits dans la maison d’un couple, accompagnés de leurs enfants et de leur grand-mère. Sous la menace, ils ont tenté d’obtenir un transfert en cryptomonnaies. Le père et la grand-mère ont été ligotés et roués de coups avant que le père ne parvienne à se libérer, provoquant la fuite des agresseurs.
L’enquête, relancée grâce à un téléphone volé, a conduit à l’arrestation de deux suspects à Melun en décembre. Lors de leur audition, ils ont reconnu les faits tout en affirmant avoir agi sous l’influence d’un commanditaire resté non identifié. Un troisième homme, présenté comme « l’homme de confiance » de ce donneur d’ordres présumé, est toujours recherché.
À l’audience, la mère de famille a témoigné du traumatisme durable subi par les victimes, expliquant que la famille avait fini par vendre sa maison. La défense a, elle, plaidé la jeunesse et la manipulation de ses clients. Cette affaire marque cependant une première condamnation ferme pour un enlèvement motivé par un vol de crypto en France.
Un problème difficile à régler
Depuis la mi‑2023, la police nationale a recensé une quarantaine d’enlèvements liés aux cryptomonnaies, dont plus de la moitié concernent directement des détenteurs, investisseurs ou influenceurs du secteur. Ces attaques, qui se multiplient depuis début 2026, sont souvent pilotées depuis l’étranger. Les commanditaires recrutent des exécutants français, souvent déjà impliqués dans des trafics ou des violences, pour mener les opérations sur le terrain. Généralement, les victimes sont repérées via les réseaux sociaux, où elles exposent leurs gains et habitudes, de précieuses informations exploitées pour planifier l’enlèvement.
Cette montée de la criminalité crypto s’accompagne aussi d’un glissement vers l’extorsion numérique. L’affaire « TraderSZ », du nom d’un investisseur ayant accusé un ancien employé de Revolut d’avoir tenté de le faire chanter, l’illustre : le suspect aurait menacé de divulguer ses informations personnelles s’il ne payait pas une rançon. Revolut a signalé l’incident aux autorités, tout en assurant qu’aucune faille interne n’avait été détectée.
La morale de l’histoire : on finit parfois par recevoir des followers qu’on aurait préféré bloquer à la porte.