La décentralisation pourrait renverser le contrôle du gouvernement américain sur Facebook, Twitter et Wikipedia

6 novembre 2022, 18:00 CET
7 novembre 2022, 15:18 CET
EN BREF
  • Les entreprises de réseaux sociaux ont été converties en armes politiques au service des intérêts américains.
  • Aujourd'hui, des réseaux sociaux décentralisés émergents cherchent à reprendre le contrôle de la liberté d'expression.
  • Ils visent ainsi à éliminer progressivement les entreprises conformes et centralisées en tant que moyen par défaut de l'interaction sociale en ligne.
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Alors que le président américain Joe Biden préside aux changements géopolitiques en tant que tête d’affiche de la “Police de la Pensée” de type orwellien, la réaction la plus notable à ce jour pourrait être la perte de confiance dans les entreprises technologiques américaines. Ces entreprises ont en effet été “militarisées” politiquement au service des intérêts américains.

Aujourd’hui, de nouveaux réseaux sociaux décentralisés émergents semblent chercher à reprendre le contrôle de la vie privée et de la liberté d’expression des individus. Ils ont ainsi pour but d’éliminer progressivement les entreprises centralisées et soumises en tant que moyen incontournable d’interaction sociale en ligne.

Au fil des ans, des acteurs clés de la crypto et du web3, des entités principalement victimes de l’intrusion du gouvernement américain, ont soit désapprouvé le monopole des principaux réseaux sociaux, soit commencé à rompre leurs relations.

Cette perte de confiance est résulte des enchevêtrements politiques des plateformes sociales retranchées telles que Facebook ou Google. En conséquences, cela place les crypto-monnaies décentralisées comme Bitcoin et, par extension, les réseaux sociaux décentralisés comme le Bluesky de Dorsey, du bon côté de l’histoire.

Dans un récent article d’investigation, The Intercept a expliqué en détail comment le gouvernement américain travaille secrètement avec les principales entreprises technologiques pour en surveiller et modérer le contenu. Parmi ces entreprises, on compte Twitter, Facebook, Reddit, Discord, Wikipedia, Microsoft, LinkedIn et Verizon Media.

Leur but est de filtrer les contenus que le ministère américain de la sécurité intérieure (DHS) considère comme des “discours dangereux”. Selon le rapport, le DHS cible ce qu’il appelle “des informations inexactes sur les origines de la pandémie de covid-19 et l’efficacité des vaccins contre le covid-19”.

L’organisme surveille également “la justice raciale, le retrait des États-Unis d’Afghanistan et la nature du soutien américain à l’Ukraine”. La surveillance s’étend de plus aux élections. Facebook, par exemple, aurait “créé un portail spécial pour que le DHS et les partenaires gouvernementaux puissent signaler directement la désinformation.”

Une police de la vérité

En avril, l’administration Biden a lancé le dénommé “Conseil de gouvernance de la désinformation”. Ce groupe consultatif était censé exercer une surveillance de la désinformation, des fausses informations et des informations erronées qui menaceraient les intérêts américains.

Ce Conseil a été rapidement dissous à la suite d’un tollé public. Cependant, la surveillance ne s’est pas arrêtée pour autant. Dans le classique roman dystopique 1984 de George Orwell, la Police de la Pensée, la police secrète du super-État d’Océanie, a par exemple recours à toute une panoplie de méthodes pour surveiller ses citoyens.

La police secrète y punit ainsi la “criminalité de la pensée”, soit les pensées personnelles et politiques non approuvées par le Big Brother tyrannique du régime, et qui remettent en cause son autorité. De même, l’Oncle Sam a fait des réseaux sociaux une arme visant à contrôler la liberté d’expression, ce au risque de bafouer son Premier Amendement.

De son côté, The Intercept a déclaré avoir analysé “des années de mémos, d’e-mails et de documents internes du DHS”, obtenus par le biais de fuites et d’un procès en cours, ainsi que des documents publics. Il a ainsi conclu que ces informations “illustrent un effort considérable de l’agence pour influencer les plateformes technologiques.”

Julian Assange crypto

Quid de la liberté d’expression ?

En 2019, l’ancien président de l’Équateur, Rafael Correa, a décrit son successeur Lenin Moreno, comme “le plus grand traître de l’histoire politique”, ce alors que ce dernier avait révoqué l’asile de Julian Assange, le condamnant ainsi à une possible peine de prison aux États-Unis. M. Assange est toujours détenu dans une prison britannique.

En effet, le rédacteur fondateur de Wikileaks était réfugié depuis sept ans à l’ambassade d’Équateur à Londres, où il avait obtenu l’asile de la part du président Correa. Il était alors recherché par le Royaume-Uni et la Suède pour diverses accusations, et les Etats-Unis cherchaient à l’extrader pour conspiration de fuite de secrets militaires.

Né en Australie, Julian Assange est l’une des personnalités les plus connues à avoir fait face à la puissance du gouvernement américain pour avoir divulgué la vérité plutôt que d’avoir cédé à la pression du pouvoir. Après son arrestation, l’adresse Bitcoin de Wikileaks, utilisée pour éviter la censure financière, a reçu un déluge de dons de soutien.

Les liens entre Bitcoin et Wikileaks remontent à 2011. La crypto-monnaie a en effet permis à l’éditeur de la plateforme de continuer à recevoir une aide financière après que Paypal, Mastercard, Visa et Bank of America aient désactivé leurs services pour le compte Wikileaks sous la pression politique des États-Unis.

En retour, Bitcoin (BTC), alors nouvellement créé et âgé d’un peu moins de deux ans, a bénéficié de l’attention internationale grâce à son association avec Wikileaks. Plus important encore, l’alliance informelle de Wikileaks et de Bitcoin suggère la nécessité de créer davantage d’entités qui prospèrent en dehors du contrôle des États et des entreprises.

Contrairement à Paypal, Mastercard, Facebook ou encore Google, Bitcoin et les réseaux sociaux décentralisés offrent aux utilisateurs la liberté personnelle et financière d’agir selon leur conscience propre plutôt que selon des instructions politiques.

D’autres exemples de censure

Il existe plusieurs exemples de formes de censure exercées par les monopoles des réseaux sociaux. En avril de cette année, Twitter a par exemple suspendu le compte du fondateur d’Aave, Stani Kulechov, ce probablement à cause d’une blague sur la direction que prenait la plateforme sociale.

M. Kulechov avait en effet annoncé à ses 210 000 followers qu’il rejoignait Twitter en tant que PDG en intérim, dans un tweet considéré par beaucoup à l’époque comme une blague. D’autres l’ont trouvé déroutant.

“Il s’agissait d’une publicité éhontée et indirecte pour le protocole de Lens”, avait déclaré à l’époque Alex Masmej, fondateur de la plateforme NFT Showtime. M. Masmej faisait référence au nouveau réseau social décentralisé de Kulechov, un protocole résistant à la censure qui permet à ses utilisateurs de monnayer leurs profils.

Le blocage de Kulechov est tombé quelques jours après que Twitter a accepté un rachat de 44 milliards de dollars par le PDG de Tesla et milliardaire Elon Musk. Le PDG de Twitter d’alors, Parag Agrawal, etait censé conserver son poste. Pourtant, il a été licencié la semaine dernière une fois les transactions conclues par Musk.

Twitter précise pour sa part que les comptes sont suspendus pour avoir enfreint ses règles.

“Lorsque nous suspendons définitivement un compte, nous informons les intéressés qu’ils ont été suspendus pour des violations des règles d’abus, et nous expliquons quelle(s) politique(s) ont été enfreintes et quel contenu est concerné”, peut-on lire dans le règlement.

Stani Kulechov a depuis récupéré l’accès à son compte. Cependant, l’ancien président américain Donald Trump reste pour sa part banni du réseau social, son compte ayant été définitivement suspendu en janvier 2021. En effet, il a été accusé d’utiliser le site social pour inciter à la violence.

Donald Trump, prolifique tweeteur en son temps, dirige désormais sa propre plateforme de réseaux sociaux appelée “Truth Social”. Il s’agit d’un réseau de droite qui cherche à rivaliser avec Twitter. Cela dit, même Truth Social a été confronté à des problèmes de censure avec des entreprises comme Google.

En effet, jusqu’à récemment. Google avait bloqué les téléchargements de l’application Truth Social à partir de sa boutique numérique, ce en raison d’un “contenu violent”.

décentralisation crypto

Une décentralisation du chaos général

La crypto et la blockchain sont apparues par le passé comme une solution à des situations dans laquelle d’autres acteurs sont victimes d’instruments financiers ou politiques traditionnels. La complicité des processeurs de paiement – et maintenant des réseaux sociaux – avec de puissants intérêts étatiques, constitue une préoccupation majeure.

Le remplacement de Twitter par, supposons, le Truth Social de Trump, un site basé sur l’ancien système d’Internet connu sous le nom de “web2”, pourrait contribuer à des problèmes similaires sur le long terme. Tout cela plaide en faveur de produits web3 résistants à la censure et à l’abri des ingérences internationales.

La solution la plus tenable répondant à cette description est, bien sûr, Bitcoin (lire “crypto”). Ainsi que les réseaux sociaux décentralisés qui découlent de cette technologie. L’acquisition de Twitter par Elon Musk a été présentée de cette manière, en tant que victoire pour la liberté d’expression.

Le milliardaire et PDG de Tesla se décrit lui-même comme un “absolutiste de la liberté d’expression”. Il s’est montré très favorable aux crypto-monnaies, notamment Dogecoin (DOGE). On s’attend maintenant à ce que Musk guide la plateforme vers une éthique de vie privée et de liberté individuelle. C’est du moins ce qu’il a lui-même déclaré.

“J’espère que même mes pires critiques resteront sur Twitter, car là c’est ce que signifie la liberté d’expression”, avait tweeté Musk en avril.

“La liberté d’expression est le fondement d’une démocratie qui fonctionne, et Twitter représente la place publique numérique où sont débattues les questions vitales pour l’avenir de l’humanité”, a-t-il ajouté dans un autre message après son rachat.

Le PDG de Binance se joint à la mêlée

Le fondateur et PDG de Binance, Changpeng Zhao, ou simplement surnommé CZ, a soutenu l’acquisition de Twitter par Musk avec un prêt de 500 millions de dollars. Il aurait agi de la sorte pour la liberté d’expression ainsi que pour la croissance du Web3.

“Nous voudrions nous assurer que la crypto a sa propre place quand il s’agit de liberté d’expression”, a-t-il déclaré. “Il y a également des éléments plus tactiques comme le fait que nous voulons aider à amener Twitter sur Web3 quand ils seront prêts.”

En termes simples, le Web3 est l’idée d’un Internet décentralisé et alimenté par les technologies blockchain et l’économie basée sur les tokens, ou jetons. Les jetons non fongibles (NFT) devraient jouer un rôle clé dans le Web3 en tant que moyen d’échange.

Bluesky

Bluesky, un protocole de réseaux sociaux décentralisé soutenu par le fondateur de Twitter, Jack Dorsey, a pour sa part enregistré plus de 30 000 inscriptions sur la liste d’attente de sa version bêta, ce dans les 48 heures qui ont suivi l’annonce du protocole.

Bluesky élabore le protocole AT, une nouvelle base pour les réseaux sociaux qui permet de libérer les développeurs du contrôle des entreprises et des gouvernements. Des applications sociales distribuées à grande échelle peuvent ainsi être créées à l’aide de ce protocole décentralisé.

Le projet a pour objectif d’élaborer un protocole qui garantisse à ses utilisateurs la portabilité, l’évolutivité et la confiance. La portabilité leur permet de passer d’une application à une autre sans perdre leurs données, l’échelle permet aux applications de gérer un trafic plus important et la confiance empêche les algorithmes de profiler les utilisateurs.

La vie privée, l’autonomie et la liberté individuelle sont des principes clés et presque intouchables du mouvement Bitcoin. Avec l’exemple de Julian Assange, même les États ou les entreprises les plus respectueux des principes demeurent en fin de compte vulnérables à des intérêts changeants.

Cela démontre que l’on ne peut pas leur faire entièrement confiance pour défendre à tout prix les libertés individuelles. Une condamnation de M. Assange par les États-Unis bafouerait en effet leur premier amendement. Elle créerait également un dangereux précédent de criminalisation du journalisme, et donc de la liberté d’expression.

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