Alors que 2026 commence avec une considérable volatilité pour le marché crypto, les prédictions ne manquent pas pour le reste de l’année. Et malgré les turbulences actuelles sur le marché et une année en 2025 terminée dans le rouge, l’équipe de Coinhouse s’attend à une année 2026 décisive pour le secteur. Dans un entretien avec BeInCrypto, Thibault Desachy, Responsable de la Gestion Privée de l’entreprise, et Yoann Briant, Secrétaire Général & Directeur de la Conformité et des Risques, reviennent sur les perspectives pour l’année, font le point sur le marché et se penchent sur l’approche des investisseurs crypto en France.
Après une année 2025 en demi-teinte pour le marché crypto, vous avez annoncé vous attendre à une année 2026 de transition, avec une perspective plutôt baissière. Pensez-vous que le cycle sur 4 ans de Bitcoin s’applique toujours suite aux récents changements macro-économiques ?
Thibault Desachy : 2026 s’annonce comme une année de transition pour la crypto, après une 2025 marquée par une hausse spectaculaire suivie d’une correction. Historiquement, le Bitcoin suit un cycle de 4 ans lié aux halvings, et sur ce modèle, 2026 pourrait logiquement être une année baissière. Cependant, le marché a profondément évolué : le Bitcoin est désormais adopté par des millions de particuliers et intégré dans des portefeuilles institutionnels via des ETF, des fonds souverains et des banques. Cette démocratisation et cette institutionnalisation modifient ses fondamentaux et peuvent lui permettre de résister aux schémas historiques.
SponsoredÀ court terme, nous pourrions assister à un léger rebond vers 100 000-105 000 dollars, avant une correction, tandis que le reste de l’année devrait se caractériser par une volatilité modérée, propice à l’investissement sans performance exceptionnelle. Les principaux points de vigilance restent macroéconomiques et géopolitiques, notamment avec le changement de président de la FED prévu en mai, les tensions internationales et la dynamique tripartite États-Unis-Chine-Russie.
Côté crypto, les flux entrants sur les ETF ralentissent et l’intérêt institutionnel semble plus limité. L’année 2026 ne présente pas de « grande date » pour le marché, ce qui renforce l’idée d’une période de transition avant 2027 et le prochain halving en 2028.
En résumé, le cycle de 4 ans reste un repère historique utile, mais les mouvements du marché dépendront surtout de l’adoption institutionnelle, des conditions macroéconomiques, des tensions géopolitiques et de la dynamique globale des investisseurs.
Comment les tensions actuelles (Trump, Venezuela, guerre etc) se reflètent-elles dans le comportement de vos clients ?
Thibault Desachy : Le contexte international actuel et plus précisément, les tensions géopolitiques que nous connaissons, influencent clairement le comportement de nos clients. On observe une prudence accrue, avec des rééquilibrages de portefeuilles et un intérêt marqué pour la gestion des risques. Les utilisateurs restent attentifs aux signaux macroéconomiques et utilisent le Bitcoin à la fois comme actif alternatif et spéculatif, intégrant les cryptos dans une stratégie globale face à l’incertitude mondiale.
Les altcoins ont été délaissés pour la plupart, et nous observons, aussi bien chez nos clients accompagnés que chez les non-accompagnés, un rééquilibrage vers le BTC, qui représente désormais près de 80 % des encours chez nous. Le mythe de la fameuse altseason commence peu à peu à s’essouffler, laissant derrière lui des investisseurs frustrés par des promesses non tenues.
Nous notons toutefois qu’historiquement, les phases de chute ou de correction de marché constituent de bons moments pour acheter des actifs à risque. Nous conservons donc une posture opportuniste pour 2026.
Suite au DAC8, vous attendez-vous à voir une migration d’une partie des utilisateurs vers des solutions non‑custodial ou DeFi pour réduire la traçabilité fiscale ? Est-ce que cela modifie la manière dont Coinhouse conseille ses clients sur la tenue de leurs historiques de transactions et la préparation de leur déclaration fiscale ?
Yoann Briant : Pas nécessairement. D’une part, parce que la majeure partie de nos clients est constituée de primo-investisseurs, des personnes qui expérimentent l’investissement sur les crypto-actifs à partir de notre application.
Des clients qui choisissent Coinhouse pour la simplicité d’accès à la crypto, pour le gage de qualité que leur évoque Coinhouse en tant que pionnier français en matière d’investissement sur crypto-actif, et bien entendu pour les différentes offres d’accompagnement que nous proposons, soit à travers nos abonnements, soit à l’appui de notre “académie”.
Bien entendu, nous avons quelques clients, plus aguerris, qui s’intéressent notamment à des solutions en DeFi, pour y trouver des produits non disponibles ou non autorisés sur des plateformes centralisées, tels que des produits de rendement sur stablecoins, collatéralisation de leurs crypto-actifs, etc.
Mais on ne peut certainement pas parler de fuites de capitaux (ou des crypto-actifs) vers des solutions non-custodial ou des solutions DeFi, et encore moins en raison de la directive dite DAC8.
Sponsored SponsoredIl faut souligner le fait que vivre de ses crypto-actifs, au sens de leur utilisation pour financer le coût de la vie, etc. est encore peu répandu, et que pour tirer avantages de ses investissements en crypto-actifs, et des plus values réalisées, le cas échéant, il est encore majoritairement nécessaire de s’appuyer sur un prestataire tel que Coinhouse, pour la vente de crypto-actifs notamment.
De fait, dès lors qu’un détenteur de crypto-actifs souhaite réaliser une telle opération, il doit disposer d’un compte sur une plateforme autorisée, et tombe de fait dans le périmètre d’application de la directive susmentionnée. Il apparaît alors inopportun de sortir totalement des plateformes centralisées, au risque d’ailleurs, de rencontrer davantage de difficulté pour la justification des opérations ou encore la détention de crypto-actifs, au moment de leurs reventes notamment.
L’obligation de reporting des transactions au titre de la directive DAC8 incombe au prestataire de services sur crypto-actifs, qui doit, de fait, assurer l’enregistrement de chaque opération et conserver l’ensemble des informations afin de pouvoir satisfaire à ses obligations. Rien de bien nouveau en la matière. Ce qui change, c’est l’obligation de reporting, à compter de l’année 2027, au titre de l’année 2026, et le format de reporting notamment. Néanmoins, cela suppose un travail de développement pour le prestataire, afin d’assurer la mise en conformité avec ces nouvelles obligations.
D’un point de vue client, l’impact est plus notable.
Sponsored- Là où le regard de l’administration fiscale était auparavant limité au déclaratif des contribuables, il devient omnipotent, et porte sur l’exhaustivité des opérations et comptes détenus auprès de plateformes crypto au sein de l’UE.
- S’agissant de l’impact pour nos clients, chez Coinhouse, il demeure limité, dans la mesure où chaque client a accès à l’ensemble de ses transactions et de son historique via son compte client sur notre application. Cette transparence leur permet notamment de justifier auprès de l’administration fiscale, et ce, à tout moment, des opérations exécutées.
Cette transparence leur permet notamment de compléter leurs déclarations fiscales avec l’ensemble des informations nécessaires, pour limiter le risque de redressement fiscal en cas d’opérations omises ou d’incohérences.
Le sujet de la sécurité, à la fois des crypto-actifs et de leurs détenteurs, semble de plus en plus pressant. Comment est-il appréhendé par l’écosystème et par les plateformes de services sur crypto-actifs ? Identifiez-vous une évolution des comportements de vos clients vis-à-vis de ce sujet au regard du contexte de ces derniers mois ?
Yoann Briant : Chaque plateforme autorisée, en France et au sein de l’Union Européenne, à proposer des services sur crypto-actifs, et proposant un service de conservation pour le compte de tiers, est tenue d’assurer la sécurité des crypto-actifs de ses clients. Cela se traduit par des dispositifs réglementaires quant à l’enregistrement et la conservation des crypto-actifs des clients, ainsi que par le déploiement de mesures de cybersécurité notamment.
A la différence d’une conservation dite non-custodial, dans le cadre de laquelle le détenteur de crypto-actifs assume lui même la responsabilité de la sécurité des ses crypto-actifs, via ses secrets (seed phrase) et son device (matériel permettant d’accéder à la gestion de son/ses wallet(s)), la conservation via une plateforme centralisée transfère la responsabilité de la sécurité des crypto-actifs à cette plateforme. Cette dernière peut alors, à des fins de prévention de la fraude, et/ou par mesures de sécurité, appliquer des limitations ou des conditions d’accès aux crypto-actifs (délai préalable à un transfert de crypto-actifs, limitation appliquée au compte à la demande du client, etc.).
Ce type de mesures concourt à la sécurité de crypto-actifs, ainsi qu’à celles des détenteurs. Néanmoins, il est à rappeler que la discrétion demeure le premier rempart face aux risques que vous mentionnez.