Affaire Eva Kaili : un autre coup dur pour le marché crypto

Par Josh Adams
21 janvier 2023, 11:30 CET
21 janvier 2023, 11:30 CET
EN BREF
  • En décembre dernier, Eva Kaili, l'une des vice-présidentes du Parlement européen, a été arrêtée pour des accusations de corruption.
  • Eva Kaili était l’une des figures les plus emblématiques de la crypto au sein du parlement européen.
  • La célèbre députée rejette toutes les allégations et assure qu’elle “n'a rien à voir avec l’affaire de corruption impliquant le Qatar”.
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Alors que le scandale FTX a porté un coup dur à la réputation du marché crypto, l’arrestation d’Eva Kaili vient mettre de l’huile sur le feu. 

Eva Kaili, “la reine de la crypto” du Parlement européen, a été arrêtée le 9 décembre avec trois autres personnes. Lors de l’arrestation, la police a saisi des téléphones portables, des ordinateurs et plus de 600 000 €. Les procureurs soupçonnent Eva Kaili d’avoir empoché de l’argent pour faire du lobbying au nom du Qatar, le pays organisateur de la Coupe du Monde 2022.

De même, plusieurs centaines de milliers d’euros ont été retrouvés dans une chambre d’hôtel occupée par la députée, tandis que 150 000 euros ont été saisis dans son appartement. Dans le cadre de l’enquête, les autorités ont perquisitionné 19 domiciles, arrêté le père de Kaili et bloqué les fonds de sa famille en Grèce.

Depuis son arrestation, la célèbre députée rejette les allégations et assure qu’elle “n’a rien à voir avec l’affaire de corruption impliquant le Qatar”. Mais entre l’affaire Eva Kaili, l’une des plus grandes voix féminines de la crypto, l’effondrement de Terraform Labs et le 🔥 scandale FTX, on ne peut plus vraiment en vouloir à ceux qui ont peur de mettre le pied dans le marché crypto.

Avant son arrestation, Eva Kaili était l’une des ferventes défenseuses de la crypto en Europe.

2023 : une année cruciale pour la réglementation du marché crypto

Eva Kaili était l’une des rares députés de la gauche à défendre la crypto. Entre janvier et décembre 2022, elle faisait partie des quatorze vice-présidents de l’UE. L’ancienne présentatrice de télévision était également connue pour son charisme et son élégance à toute épreuve.

“C’était une défenseuse [de la crypto], mais elle était plutôt isolée du côté gauche du spectre politique”, a déclaré Paul Tang, député du parti socialiste néerlandais au quotidien Politico. “S’il y a une leçon à tirer de cette affaire, c’est que la prochaine partisane [de la crypto] ne doit pas avoir quelque chose à se reprocher”.

L’année prochaine sera également cruciale pour les entreprises crypto. 📜 Le projet de loi MiCa qui vise à établir des normes communes pour la crypto en Europe devrait être voté en avril prochain et entrer en vigueur vers fin 2024 au plus tôt. Cependant, certains législateurs, y compris le gouverneur de la Banque de France, appellent déjà à renforcer la surveillance du secteur.

Le 9 janvier, Marie-Anne Barbat Layani, présidente de l’Autorité des marchés financiers (AMF), a évoqué la possibilité d’imposer des licences aux 🏢 entreprises crypto opérant sur le territoire français. “L’AMF, comme le Parlement, appelle de ses vœux une accélération du passage au régime d’agrément obligatoire pour les prestataires non enregistrés” a-t-elle déclaré.

Il est donc peu probable que la France attende l’entrée en vigueur de la loi MiCa pour resserrer l’étau sur le marché crypto. De même, les appels à l’action, comme celui du gouverneur de la Banque de France, sont susceptibles de se multiplier au sein du Parlement européen.

Réglementation crypto : le débat s’intensifie

Paul Tang, un député néerlandais du centre gauche, a également plaidé pour un contrôle plus strict des 👛 portefeuilles crypto non-hébergés (ou non-dépositaires). Selon lui, “on doit vérifier l’identité des détenteurs de portefeuilles non-hébergés afin d’éviter que l’argent ne tombe entre les mains des criminels”.

Le député a également mis en garde contre les services de mixing crypto, comme 🌪️ Tornado Cash. Pour rappel, un mixer ou tumbler crypto est un outil qui permet de diviser les crypto actifs en plusieurs petits montants et de “les mélanger” avec d’autres transactions afin de brouiller les pistes et préserver l’anonymat des utilisateurs.

Dans un fil tweet publié en mars dernier, Paul Tang a déclaré

“Ces outils sont importants pour lutter contre le blanchiment d’argent/le financement du terrorisme. Certains crypto-lobbyistes n’aimeront pas faire ce travail supplémentaire. Mais faire partie de notre société vient avec des obligations. Les banques luttent déjà contre les fonds illicites. Nos amis de la crypto devraient également faire de même”.

Cependant, en juillet dernier, Paul Tang et ses collègues n’ont pas réussi à inclure les portefeuilles non-hébergés dans les contrôles de blanchiment d’argent. À l’époque, le député nééerlandais a déclaré que “nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur le secteur réglementé et laisser la porte ouverte aux flux crypto anonymes”.

En raison de sa position hostile vis-à-vis du marché des actifs numériques, Paul Tang s’est attiré les foudres de la communauté crypto en 2022.

Un juste équilibre entre la protection des investisseurs et l’innovation

Lidia Periera, une députée portugaise de la droite, appelle les législateurs à “prendre au sérieux le marché crypto”. Selon elle, l’UE doit trouver un juste équilibre entre la protection des consommateurs et la maximisation des opportunités. Dans une interview avec Tech A Look, la députée a déclaré : “D’une part, nous devons assurer la protection des investisseurs. D’autre part, nous avons un énorme potentiel d’innovation sur le marché européen”. “Nous ne pouvons pas rester sur un seul côté de la barricade”, a -t-elle ajouté.

Dr. Stefan Berger pourrait également devenir l’un des plus grands partisans de la crypto au sein du parlement européen. Tout comme Lidia Pereira, ses opinions sont à la fois modérées et pro-crypto. L’eurodéputé allemand appelle en effet à “un équilibre entre une réglementation claire et équitable et l’innovation”. Dans un article publié sur son blog, le député a mis l’accent sur la nécessité de développer une CBDC en euro et de créer un environnement favorable à la crypto.

“L’euro numérique sera complémentaire à l’argent liquide, il ne le remplacera pas”, peut-on lire dans l’article. “L’Europe doit fixer des normes au lieu de suivre celles des autres, et un euro numérique serait la preuve du progrès et de l’intégration en Europe. Pendant ce temps, les autorités monétaires sont appelées à rétablir la confiance dans le système financier”, souligne Dr. Berger.

Morale de l’histoire : certes, une seule pomme peut pourrir tout un panier, mais associer l’image de tout un secteur à quelques-uns de ses représentants est tout sauf raisonnable.

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