Les cryptomonnaies sont un challenger massif pour les institutions financières – Massimo Moretti, PDG de SIGNVM

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Massimo Moretti, fondateur et PDG de SIGNVM, est revenu avec Be[In]Crypto sur l’événement Paris Blockchain Summit Week qui a eu lieu ce mois d’avril, ainsi que sur la direction passionnante que prend le secteur du Web3.

Paris Blockchain Summit Week

Il s’est dit beaucoup de chose à la Paris Blockchain Summit Week ; il y a eu évidemment la présence de CZ qui a fait beaucoup de buzz, avec l’annonce que Binance allait investir notamment dans Station F. On peut aussi mentionner Paris NFT Day, qui était assez nouveau cette année par rapport aux années précédentes, avec l’avènement des NFT de manière générale, ce qui s’avérait quelque peu incontournable.

J’ai eu l’impression que les gens se sont vraiment connectés ; il y a eu une grande émulsion par rapport aux années précédentes, notamment en raison de Covid. On a pu sentir cette fois que tout le monde était très content de se rencontrer ou de se revoir.

J’ai été particulièrement marqué par la dimension internationale de cet événement. Il y a deux ou trois ans, la France n’était pas vraiment dans le paysage international. Nous sommes maintenant de plus en plus reconnus, grâce notamment à d’excellentes entreprises et à un vivier de talents très intéressant. J’ai également été marqué par le dynamisme dans les échanges, avec beaucoup de mouvement, ce qui m’a aussi rassuré : nous sommes la 6ème ou 7ème puissance mondiale, et nous sommes toujours in the game !

CZ de Binance a déclaré que la France est le pays d’Europe le plus ouvert aux cryptomonnaies

Il est vrai que cette déclaration peut paraître étonnante dans la mesure où la communauté crypto est soutenue par l’ADAN, avec une émulsion sur la partie réglementaire et légale en France, ce qui reste quand même problématique du fait que les choses sont toujours très floues. Cela dit, il y a de plus en plus de PSAN accordés, avec au moins une quarantaine de dossiers reconnus pas l’AMF. Cela est positif, mais d’un point de vue des taxes, beaucoup d’entreprises sont au Portugal plutôt qu’en France, voire même à Dubaï ou Singapour. C’est pour cela que la déclaration de CZ a semblé surprenante.

Néanmoins, nous avons quelques très belles entreprises, comme Ledger ou Sorare, qui sont en France. Je pense donc qu’il existe tout de même un vivier dans le pays, et qui s’avère stable ; nous avons quelques leaders qui confèrent à la France un positionnement tout à fait respectable et respecté. D’où, peut-être certains choix politiques et économiques de Binance pour se positionner en France. On y trouve en effet un écosystème de talents et d’écoles, comme l’Alyra, et de superbes écoles d’ingénieurs qui en font un lieu très intéressant.

L’arrivée de la réglemenation en Europe

L’innovation arrive très vite, et elle se doit d’arriver avant la régulation, comme c’est souvent le cas. Comme avec Facebook ; à son arrivée, on ne savait pas ce qu’étaient les réseaux sociaux, et il a fallu y réguler la publicité, ect… C’est un peu ce qui se passe dans la crypto. Et dans le même temps, les investisseurs se doivent d’être protégés ; on ne peut pas rester dans un Far West “éternel”.

Je pense que la régulation est un processus qui n’est ni blanc ni noir. Les régulateurs doivent se positionner dans un “entre-deux” ; d’une part protéger les investisseurs, mais aussi continuer d’encourager les innovateurs à investir fortement dans les pays stratégique européens – dont la France – ce si l’on veut y avoir les prochains grands acteurs du Web3. Sinon, nous allons perdre ces talents, ces entreprises et ces cerveaux pour avoir trop régulé. On le voit d’ailleurs aux États-Unis : beaucoup partent à Porto-Rico, en Europe, à Dubaï voire au îles Caïman. Il s’agit surtout d’un problème de taxes ; si la taxe ne semble pas juste et s’avère trop importante, cela ne vas pas encourager les innovateurs à rester sur un territoire, qui va perdre en attractivité.

Il faut toujours avoir un juste milieu entre un niveau de taxes raisonnable et protéger néanmoins les investisseurs. Ce n’est pas évident pour les régulateurs et les gouvernements, il faut le reconnaître, de trouver ce juste milieu. Il s’agit souvent d’un problème de manque d’expertise, ce parce que les technologies de blockchain et de cryptographie sont des technologies de pointe, et ne bénéficient pas forcément d’experts internes pour comprendre comment réguler au mieux, de manière précise et simple – presque ludique – et pour ainsi déclarer ses gains ou lancer une entreprise en France.

Blockchain

En France, dans l’univers de la crypto, il est actuellement très problématique de mettre en place une entreprise. Même pour faire un emprunt, cela s’avère très compliqué. Beaucoup de mes amis sont dans ce secteur crypto/blockchain, et les banquiers se trouvent complètement perdus et associent immédiatement crypto au trading et au risque.

Et pourtant, de nombreuses entreprises ne sont pas sur les marchés financiers. Avec SIGNVM, par exemple, nous fournissons un service de conseil ; nous ne sommes pas sur les marchés financiers, à investir des dizaines de milliers d’euros et à prendre d’énormes risques. Il s’agit là d’un grand manque de connaissances et d’un vrai problème d’éducation et d’expertise. Je ne leur jette pas la pierre, mais il s’agit de dire aux banquiers : “Attention, essayez de comprendre à qui vous vous adressez”, soit des clients potentiels comme d’autres, et qui ont souvent des moyens.

L’adoption croissante des stablecoins par les entreprises

Le stablecoin est déjà – c’est du moins ainsi que je le perçois – potentiellement un concurrent de l’euro, ou du dollars et d’autres monnaies. Il faut donc définir quelle est la fonction d’un stablecoin par rapport à une monnaie de banque centrale. De même, aujourd’hui, de plus en plus d’entreprises ont accumulé un certains nombre de stablecoins pour avoir échangé des tokens, se retrouvent avec les poches assez remplies d’USDC ou d’USDT, et souhaitent les utiliser pour payer leurs employés. Si tout le monde utilise ces monnaies-là, cela entraînera une inflation, qui existe déjà.

Y a-t-il un lien direct ou indirect entre le fait que les gens vont utiliser de moins en moins d’euros ou de monnaies de banques centrales contre de plus en plus de cryptos et de stablecoins ? Dans ce cas, effectivement, il s’agit d’une menace, ou les cryptos et stablecoins peuvent être du moins perçus comme tels, et non pas comme un complément. L’idéal serait de les faire cohabiter avec les monnaies de banques centrales, mais lorsqu’on voit la dévaluation des monnaies, les gens sont souvent plus rassurés de disposer de cryptos. C’est d’ailleurs là l’une des raisons du succès de Bitcoin ; on ne va pas en imprimer des dizaines de centaines de milliers et cette monnaie a une limite. Par conséquent, sa valeur a des chances de ne pas s’écraser ; c’est ce qu’on voit aujourd’hui dans des pays comme le Nigéria, l’Argentine, où les gens ont plus confiance dans la crypto que dans les banques centrales.

Face à l’inflation, il s’agit aussi du rôle des États que de rassurer la population ; le cas contraire, les gens vont se tourner vers d’autres alternatives. C’est pour cela que les États s’inquiètent un peu et qu’il existe actuellement une certaine agitation autour de ces sujets.

La compétition est nécessaire ; j’en suis convaincu. S’il existe une position monopolistique – d’un État ou d’une institution – les gens ont tendance à ne faire aucun effort, car il n’existe aucune compétition. Mais en réalité, le client est roi, et la population est reine ; ce sont eux et elles qui utilisent la monnaie et qui sont censés choisir les gens qui font tourner le système. On pourrait tout à fait entrevoir l’arrivée des cryptos/stablecoins comme un “challenger” des banques centrales, et qui les forceraient à améliorer cette situation monétaire et contrôler cette inflation, déflation ou perte potentielle de pouvoir d’achat.

Je ne suis pas économiste, mais de manière générale, je pense que le peer-to-peer est un moyen de challenger les institutions et les gouvernements. De même, actuellement, on nous demande un dossier très conséquent pour pouvoir réaliser un emprunt de ne serait-ce que 30 000 euros pour acheter une voiture ou un petit bien immobilier. Nous sommes totalement dépendants du système centralisé, et la décentralisation constitue une opportunité collossale. Ces dernières années, les institutions ont certes apporté des services, mais elles ont relativement peu évolué. Une interface digitale n’est pas suffisante en termes de service au client, de réactivité, d’expérience utilisateur ou encore de relation.

Ainsi, si demain nous avons un service qui prête de l’USDT ou de la crypto et qui permet de les dépenser ou les investir en achetant un appartement, par exemple – ce qui est de plus en plus possible – les gens vont alors réfléchir autrement, et aller vers ce qu’il y a de plus simple, qui coûte le moins cher, etc…

Crypto

Le futur de l’innovation

Le système n’est pas parfait, mais nous avons besoin de gens qui ont envie de changer le monde, sinon il n’y a pas d’innovation. Cela dit, je pense que les meilleurs innovateurs de demain seront ceux qui arriveront – comme disait Steve Jobs – à relier les points tout en prenant en considération le contexte actuel, qui est celui d’une économie plus responsable, plus durable et consciencieuse, plus engagée… Plusieurs aspects sont importants et à prendre en considération dans ce monde qui évolue très vite. L’innovation ne doit pas être source de problèmes.

Je pense de toutes manières qu’il ne sera pas possible de continuer avec une croissance soutenable en polluant tel que nous l’avons fait ces dernières années. C’est évident. L’innovation de demain sera donc beaucoup plus difficile, car nous devrons prendre en considération ce que les générations précédentes n’ont pas pris en considération. Tous ces sujets de mining crypto, de proof-of-work et proof-of-stake sont plus que jamais d’actualité.

Vers une adoption du Web3

Chez SIGNVM, nous avons toutefois de plus en plus de demandes entrantes, notamment sur l’écosystème Web3. Cependant, il s’agit tout aussi bien de projets Play to Earn et GameFi que de projets crypto ou metaverse.

Nous observons également de plus en plus de marques, soit d’acteurs traditionnels, de corporate, de “web to company“, qui s’intéressent à tous ces sujets-là, notamment le metaverse.

On voit aussi des marques de luxes qui veulent se lancer et définir une stratégie à plus long terme ; il ne s’agit pas juste de lancer une collection de NFT, mais par exemple d’associer cette collection à de véritables produits, ou encore développer du contenu du plus en plus pertinent dans le metaverse. Ces marques se posent de plus en plus de questions sur cet univers et sont de moins en moins dans une approche opportuniste. Elles se disent ainsi : “Nous avons envie de faire quelque chose de plus grand et d’y dédier plus de budget, pour accomplir quelque chose qui a du sens pour notre marque”.

Web3

Je parle là plutôt des acteurs Web2, et cela s’avère très intéressant de réfléchir avec ces marques sur comment construire de nouveaux environnements, avec de nouveaux canaux de communication, comment construire de nouvelles communautés avec une approche complètement différente. Il ne s’agit donc plus de la marque qui est la force de proposition, mais la communauté. C’est donc la communauté qui va dire à la marque ce qu’elle veut, ce qui est un peu le principe d’une DAO, ou chacun va voter pour un consensus.

Je me suis récemment entretenu avec une importante marque, qui m’a confié ne pas simplement vouloir faire des NFT pour le principe, mais de créer des jetons qui ont du sens – on parle notamment de plus en plus des utility NFT. La partie collectible va donner de la valeur à un jeton, mais il ne s’agit plus seulement d’acheter un JPEG à plusieurs milliers d’euros : ce JPEG va donner accès à certains événements, et sera reconnu comme un pass, une création artistique… Aujourd’hui, la seule limite serait la créativité, puisque la technologie permet de relever des défis qui n’étaient pas possibles avant.

Bien sûr, il y a toujours des défis de sécurité, mais Ledger nous accompagne là-dessus. ConsenSys nous accompagne sur la partie technologie ; beaucoup de sociétés ont des solutions et nous nous positionnons plutôt en tant que stratèges d’opération, ce qui créée un écosystème très fertile et dynamique.

Je pense que demain, toutes les entreprises devront avoir une stratégie Web3, quel que soit le secteur.

Une industrie d’explorateurs qui construisent ensemble le monde de demain

Je pense que les NFT ont été la convergence entre l’univers de l’art et des technologies de pointe. Et concernant l’art et la culture, la France est bien placée, avec notamment le musée du Louvres et une foules de grands artistes, ce qui offre une dimension différentielle. Nous avons une certaines légitimité concernant les marques de luxe ou encore l’art de vivre propre à la France, et qui restent très intéressants.

Les mentalités changent. Je rencontrent beaucoup de personnes qui viennent de la finance traditionnelle et qui s’intéressent à ces nouveaux univers. Avec le Web3, ce n’est plus l’institution qui dicte les règles mais la communauté qui fait d’un projet un succès. Il s’agit à mon sens d’une vraie inversion du pouvoir.

De manière générale, je pense que nous vivons dans un siècle absolument passionnant – et un peu effrayant – pour de nombreuses raisons. J’ai l’impression que nous sommes dans un monde de plus en plus complexe ; on dit que les technologies simplifie, et cela est vrai d’une certaine manière, mais d’un autre côté, nous sommes en train de larguer une partie de la population qui n’a pas forcément cette compréhension ou cet accès à l’éducation sur les technologies.

Les gouvernements, écoles, entreprises, entrepreneurs, ect… se doivent de garder à l’esprit que l’on doit tout faire pour fournir cette éducation à ces personnes, afin qu’elles ne soient pas laissées de côté et qu’elles puisse avoir accès à de nouveaux types d’investissements, à cette nouvelle culture qui n’est pas prête de disparaître. Je pense que l’éducation est clé, et on ne le met pas toujours assez en avant actuellement. Il s’agira de l’un des plus gros leviers au cours des prochains mois et des prochaines années afin de faire en sorte que l’univers du Web3 soit inclusif. Et par inclusif, j’entends les générations plus anciennes ou encore des milieux sociaux qui n’ont pas forcément ce type d’accès.

J’ai récemment recruté quelqu’un au sein de mon équipe qui n’avait pas une grande expérience au sein de la crypto, mais qui avait une vraie passion ; il y a beaucoup de moyens dans ce milieu, je pense qu’il s’agit d’une opportunité exceptionnelle pour encourager les nouveaux arrivants sur le marché du travail à s’intéresser à cet univers qui recrute beaucoup. Je pense vraiment que tout le monde peut y avoir sa chance, qu’il s’agisse des jeunes étudiants, des jeunes entrepreneurs, des femmes… Il s’agit d’un univers de passionné et d’explorateurs et cette industrie a le potentiel d’encourager tous ceux qui peuvent avoir l’habitude de se sentir à l’écart dans les milieux traditionnels.

À propos de l’auteur

D’origine française et italienne, Massimo Moretti est le fondateur et PDG de SIGNVM. Massimo s’engage dans les écosystèmes Web3, Crypto et Blockchain depuis 6 ans maintenant. Il a été l’un des partenaires fondateurs de l’un des premiers VR/AR Studio à Paris et a mené de nombreux projets pour des marques de luxe, de mode et de jeux haut de gamme. Il entretient et développe un solide réseau mondial de fonds spéculatifs, d’investisseurs, de teneurs de marché et d’exchanges de cryptomonnaies et contribue à la construction de l’écosystème crypto institutionnel en Europe, aux États-Unis et en Asie.

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