La guerre en Ukraine, Elon Musk et l’importance des réseaux sociaux décentralisés

Mis à jour par Célia Simon
EN BREF
  • Les réseaux sociaux décentralisés arriveront-ils à ôter le pouvoir aux Big Tech ?
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Alors que les événements actuels accélèrent l’évolution des réseaux sociaux, la question de la décentralisation devient plus pertinente que jamais.

Le monde de la communication digitale n’est pas statique. Alors que les réseaux sociaux font désormais partie intégrante de notre quotidien, la façon dont nous interagissons en ligne les uns avec les autres s’est progressivement conformée aux codes des “Big Tech”. La question qui se pose est alors la suivante : ces géants de la technologie constituent-ils une menace à l’indépendance numérique ?

Le bon, le mauvais et le centralisé

La guerre qui a récemment éclaté en Ukraine a démontré que les médias sociaux constituent un outil puissant mais problématique. Beaucoup appellent ce conflit la première “guerre des réseaux sociaux”. Auparavant, on considérait le conflit américano-vietnamien comme la “première guerre de la télévision”.

D’une part, les réseaux sociaux ont contribué à soutenir les efforts de secours et à lever le voile sur certains faits. D’autre part, ils ont aidé certains acteurs à créer une version biaisée de la réalité, notamment avec le deep fake (hyper-trucage) et les outils de propagation rapide de la désinformation.

La centralisation des principaux réseaux sociaux a permis une censure des idées et des individus. Bien évidemment, cela a limité la liberté d’expression et d’opinion que beaucoup de ces plateformes se vantent de promouvoir.

Outre ce conflit, l’achat de Twitter par Elon Musk a été une surprise positive pour certains et négative, voire révoltante pour d’autres.

Le PDG de Tesla affirme cependant que la liberté d’expression est l’une de ses principales priorités. Malgré ses promesses, Elon Musk ne parvient pas à faire taire certaines voix qui s’élèvent contre la privatisation de Twitter par la personne la plus riche du monde. En réalité, qu’il s’agisse d’un seul homme ou de toutes les Big Tech, ces plateformes sont les monopoles centralisés de notre monde numérique.

Que sont les Big Tech ?

L’appellation “Big Tech” englobe cinq grands noms de l’industrie technologique, à savoir Alphabet (Google), Amazon, Apple, Meta (Facebook) et Microsoft. Ces géants de la tech ont en effet une influence disproportionnée sur le fonctionnement du monde entier. Leurs infrastructures dominent certains des systèmes les plus essentiels de nos sociétés modernes.

La plupart des grandes plateformes de médias sociaux, de Facebook à Instagram en passant par YouTube et Twitter, sont liées de près ou de loin à l’une de ces sociétés, qui détiennent la clé de nos données, de nos idées et de notre identité.

Que sont les réseaux sociaux décentralisés ?

Si la décentralisation parvient à résoudre les problèmes de la finance centralisée et de stockage de données, elle peut sans doute remédier à ceux des médias sociaux centralisés.

Tout d’abord, il est important de comprendre ce que sont exactement ces médias sociaux décentralisés et par quoi ils se distinguent des réseaux sociaux traditionnels. Pour mieux cerner ces différences, Be[In]Crypto s’est entretenu avec Alex Siman, fondateur de Subsocial, un protocole ouvert dédié aux réseaux sociaux et aux marketplaces décentralisés.

Décentralisé vs Centralisé : les principales différences

Premièrement, les réseaux sociaux décentralisés fonctionnent sur des serveurs exécutés et vérifiés de façon indépendante sur la blockchain. En revanche, les réseaux sociaux traditionnels utilisent des serveurs centralisés appartenant à une seule entité commerciale. Par conséquent, les utilisateurs et les fondateurs de réseaux sociaux décentralisés ont à la fois plus de contrôle et plus d’autonomie.

M. Siman cite d’autres attributs et avantages majeurs des médias sociaux décentralisés, notamment “les algorithmes open source, la monétisation sans intermédiaires, la résistance à la censure, moins de bots et de spam, et enfin l’appartenance du modèle social (graph social) aux utilisateurs”.

Censure vs Modération

La décentralisation des communautés virtuelles ayant des idées ou des points de vue radicaux peut être une source de préoccupation. Cependant, il est important de noter qu’un média social décentralisé n’est pas toujours synonyme d’anarchie totale et d’extrémisme. Lors d’une conférence TED Talk organisée quelques jours avant son acquisition de Twitter, Elon Musk a déclaré que le discours en ligne devrait être “aussi libre que raisonnablement possible”. L’un des moyens d’y parvenir serait de trouver un juste milieu en termes de modération.

La censure et la modération sont deux choses différentes. L’une étouffe la liberté d’expression, tandis que l’autre encourage le discours constructif et l’organisation du débat.

“Les plateformes décentralisées luttent contre la censure, mais il peut toujours y avoir de la modération”, souligne M. Siman. “Par exemple, Subsocial est un réseau social du Web3, mais les utilisateurs devront toujours recourir à des applications Web pour l’utiliser. Ces applications Web ont souvent des systèmes de modération qui permettent leur bon fonctionnement. Si les acteurs problématiques veulent que leur contenu soit visible, ils auront peut-être besoin d’héberger leurs propres applications Web. Du point de vue du réseau, vous pouvez être totalement décentralisé et résistant à la censure, tout en restant propre et ordonné du point de vue de l’expérience utilisateur”.

Une communication constructive 

Un autre bon exemple pour comprendre les nuances entre la censure et la modération est le nouveau réseau social de discours politique, Etha. Bien que la plateforme ne soit pas actuellement basée sur la blockchain, elle envisage de s’y lancer à l’avenir. En attendant, Etha se targue de contourner la censure avec un système de modération qui classe le contenu en deux catégories : “constructif ou déconstructif”. Nicole Ogloza, cofondatrice d’Etha, affirme que ces étiquettes “seront utilisées pour encourager les gens à abandonner les suppositions et à reprendre le débat”. 

Ainsi, les profils qui lancent des conversations constructives obtiennent une étiquette verte. Ceux qui entament ce genre de discussions obtiennent “des points de récompense qu’ils peuvent utiliser dans des exchanges crypto ou des points communautaires qui leur ouvrent l’accès à des offres exclusives”. En revanche, ceux qui portent l’étiquette “déconstructiv”, ne sont pas bannis, mais “reçoivent plutôt un label rouge mentionnant qu’ils ne sont peut-être pas très amicaux”.

Ce type de modération, que ce soit par l’intelligence artificielle, comme dans le cas d’Etha, ou par les membres de la communauté, a le potentiel de porter le débat sur les médias sociaux décentralisés à un tout autre niveau.

Les tendances des médias sociaux décentralisés

Tout comme les autres domaines de l’espace décentralisé, il existe des tendances qui apparaissent et qui déterminent le succès ou l’échec des innovations. En ce qui concerne les réseaux sociaux décentralisés, l’intégration financière est une tendance majeure. M. Siman l’appelle “SoFi”.

“Nous avons déjà vu la DeFi puis le GameFi. Bientôt, nous verrons la SoFi. Cela peut impliquer l’intégration de pourboires ou de dons directement dans les réseaux sociaux, la fusion de plateformes comme Patreon et Twitter, et la création de jetons sociaux pour les communautés”.

Il est cependant important de noter que la monétisation ne peut pas être la seule motivation dans ce type de réseaux. L’espoir d’un meilleur discours est à lui seul, une bonne récompense. “Les commentaires constructifs montrent également à quelle vitesse nous pouvons résoudre les problèmes liés à l’élaboration des politiques et des lois au niveau communautaire, puis trouver un terrain d’entente au niveau national”, souligne Mme. Ogloza.

Des réseaux entièrement libres

Les réseaux sociaux décentralisés en sont encore à leurs débuts. Ceci est dû d’une part à  la nouveauté de l’ensemble du secteur et d’autre part à la domination des Big Tech. Cependant, au fur et à mesure que le monde change, les besoins de la société évoluent. Ce, à la fois en ligne et hors ligne.

Lorsque les milliardaires s’emparent publiquement de nos espaces en ligne et que les conflits étouffent nos libertés, les médias sociaux sans censure et sans préjugés deviennent essentiels. Ceci dit, seul le temps nous dira comment et quand ces réseaux sociaux bouleverseront le monde numérique.

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