Le ministère de l’Intérieur se penche sur une possible utilisation de la blockchain

26 novembre 2022, 18:16 CET
Mis à jour par Victor Tamer
28 novembre 2022, 23:17 CET
EN BREF
  • Le premier SBMI, Salon de la Blockchain du Ministère de l’Intérieur a eu lieu ce vendredi 25 novembre.
  • Ouvert par Mathieu Weill, Directeur du Numérique du Ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, l’évènement a réuni acteurs du privé comme du public.
  • Ainsi, la blockchain serait-elle un concurrent de l’Etat ou peut-elle être au service de celui-ci pour améliorer son fonctionnement ?
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Et si le Ministère de l’intérieur et des Outre-mer organisait un évènement autour de la blockchain ? Une idée saugrenue ? Du moins surprenante, proposée par Jean-Emmanuel Faggianelli. La presse n’étant pas invitée, un de nos membres passionné de Web 3 a pu assister à titre personnel à l’événement  et nous raconte. Ce vendredi 25 novembre a eu lieu le premier SBMI, Salon de la Blockchain du Ministère de l’Intérieur.

Ouvert par Mathieu Weill, Directeur du Numérique du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer (MIOM), l’événement a réuni acteurs du privé comme du public. La question posée par Monsieur Weill est claire : dans un État jacobin centralisé, y-a-t-il une place pour la blockchain ? Serait-elle un concurrent de l’Etat ou peut-elle être au service de celui-ci pour améliorer son fonctionnement ?

Ce qui paraissait inimaginable il y a encore peu – tant l’image de la blockchain est influencée par la seule spéculation autour des cryptomonnaies et parfois des fraudes – est arrivé. Un ministère régalien reconnaît l’intérêt de la blockchain. C’est d’ailleurs l’annonce qui a été faite ce jour : Le ministère de l’Intérieur français déclare commencer une démarche de réflexion sur la technologie blockchain au vu d’une construction éventuelle. On semble comprendre qu’on évoque même une blockchain PoC (Proof of Concept).

Si la réalisation de cette idée n’est pas encore tangible, il s’agit tout de même d’un premier pas. Le ministère de l’Intérieur et des Outre-mer ouvre ainsi la discussion et réunit des pionniers du Web3 pour réfléchir ensemble à des possibles cas d’usage. De l’extérieur, les institutions semblent souvent frileuses voire peu averties sur les sujets de la blockchain et du Web3 en général. Avec cet évènement, force est de constater sur place que certains membres de l’appareil étatique sont en fait très au fait de ces technologies et leurs usages potentiels.

Pour ce qui est de l’accueil de cette main tendue au monde du Web 3, le secteur semble très réceptif. En effet, on observe une forte demande pour l’initiative ministérielle. Alors que le salon ne pouvait accueillir que 250 participants, plus d’un millier de personnes ont envoyé une demande de participation en seulement une semaine.

Parmi les invités et participants, se trouvaient notamment Jean-Philippe Lenormand, sous-directeur adjoint au ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, Nicolas Bacca, cofondateur de Ledger, Pierre Person, ancien député de Paris à l’Assemblée nationale et pro crypto, Laury Jacot, fondateur du MBA Blockchain Club de HEC, Laure Merlin, PDG de Play My Tech, plusieurs membres de Kryptosphere, Isaure Courcenet de Paris Blockchain Week, et Faustine Fleuret, présidente de l’ADAN (Association pour le Développement des Actifs Numériques).

Cette dernière pose bien la situation ; la France a jusqu’à présent été précurseur dans la réglementation de la technologie blockchain. Elle a ainsi pu inspirer une réglementation harmonisée au sein de l’Union Européenne. Ce qui place d’ailleurs l’UE devant l’Amérique du Nord ou l’Asie sur ce sujet, qui connaissent moins d’homogénéité dans leurs législations.

Akli LeCoq, Inspecteur des Finances Publiques, souligne que si la France a peut-être, à l’époque, raté le coche d’être à l’avant garde d’Internet, elle ne devrait pas risquer de ne pas être précurseur en matière de blockchain. On entend dire lors de l’évènement que “le ministère ne peut pas se permettre de ne pas avoir une vue à 360 degrés de ce qui se passe autour”.

Les membres ministériels présents étaient non seulement à l’aise avec les sujets abordés, mais également réalistes avec ceux-ci. 

En effet, sur la critique “classique” et récurrente qui revient si régulièrement de la consommation énergétique de la blockchain, les acteurs publics sont conscients des différentes méthodes de sécurisation du réseau (la Proof of stake étant moins énergivore que la Proof of work).

Ils savent également que les crypto actifs les plus énergivores utilisent souvent les surplus de production d’énergies renouvelables gaspillées outre mesure, car non absorbée par d’autres industries. Ils voient l’utilité de la blockchain, sa capacité de simplifier et sécuriser de nombreux processus. 

Cela dit, les acteurs publics soulignent ce qui s’avère pour l’instant être une incompatibilité : l’immutabilité de la blockchain ne s’accorde pas avec le droit à l’oubli prévu dans le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données).

Les enjeux liés à la Blockchain pour l’Etat français

L’organisateur de l’événement, Jean-Emmanuel Faggianelli, coordinateur de projets à la Direction du Numérique du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, pose une autre question. Comment rendre la blockchain acceptable par un état ?

Selon Fadila Leturcq, de la DINUM (Direction Interministérielle du Numérique), le premier problème est que la blockchain est expliquée par des experts techniques à des décideurs publiques dans un jargon qu’ils ne comprennent pas.

La réponse est donnée entre autres par Arun Louvois, architecte solutions à la Direction du Numérique du MIOM, qui nous rappelle le cas estonien. En effet, en avril 2007 l’Estonie a subi une série de cyberattaques de la part de la Russie. Cette attaque a mis à plat le système informatique de l’État estonien ainsi que son système bancaire.

En réponse à cela, l’Estonie a décidé à partir de 2011 de protéger son administration en intégrant une technologie Blockchain sans autorité centrale, nommée KSI (Keyless Signature Infrastructure). Grâce à cette protection des données de leurs citoyens, l’Estonie a résisté sans aucun problème à une nouvelle récente cyberattaque de la Russie. La nation estonnienne représente ainsi un exemple en matière de digitalisation des Institutions et de sécurité numérique, et a d’ailleurs mené l’OTAN à s’en inspirer.

Le MIOM comprend donc les enjeux et s’intéresse à l’utilisation de la Blockchain et plus largement aux registres distribués, lorsque cela est utile et de la manière la moins invasive possible pour les citoyens. C’est-à-dire une meilleure transparence réciproque par les citoyens sur le traitement de leurs données et par l’Etat sur le fonctionnement global des administrations, explique Guillaume Fois du ministère des Armées.

Selon la DINUM, le cas d’usage le plus important de la blockchain reste l’identité numérique. Elle tempère en disant que tous les ministères travaillent concomitamment et différents cas d’usage pourraient donc être mis en place en même temps.

Pierre Person, de son côté, croit qu’un passeport NFT pourrait voir le jour d’ici 10 ans pour remplacer le livret que l’on connaît aujourd’hui.

La journée est conclue par un dernier panel sur les perspectives de la blockchain, notamment composé de Nancy Gomez, auteur de “Géopolitique des Cryptomonnaies”, et Guillaume Fois, ingénieur défense à la DIRISI (Direction Interarmées des Réseaux d’Infrastructures des Systèmes d’Information). Celui-ci insiste sur l’importance d’un cloud souverain et sur le fait que les données doivent être hébergées en France.

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